mercredi, juin 27, 2018

Quand je serai riche !…

N’oublions pas d’où nous venons ! N’oublions pas ceux qui nous ont fait être, et qui pensaient, au seuil de leur mort, à ce qui se poursuivrait sur terre après eux, à ce que serait la vie des enfants de leurs petits-enfants, et après.
Car eux – je pense aux ancêtres de l’immense majorité d’entre nous, nous qui disposons de l’électricité à demeure, de modes de déplacement motorisés, d’un ordinateur, de machines à laver, et de bien d’autres aides techniques qui nous permettent aisément de pourvoir aux nécessités de la vie – menaient une vie de nécessiteux.
Et nous sommes les rejetons, pas très lointains, de ces nécessiteux. Vivre une vie de nécessiteux c’est engager la quasi totalité de son énergie vitale à pourvoir aux nécessités de l’entretien de sa vie et de celle de ses proches en incapacité de le faire eux-mêmes.
Vivre est pour le nécessiteux d’abord une souffrance du corps, lequel est asservi au labeur physique qui non seulement l’installe dans la fatigue, mais le déforme par ses taches répétitives. Mais le nécessiteux vit essentiellement une souffrance morale : voyant sa vie happée par les activités vouées à son entretien, il se sait humainement amputé. Il sent que sa vie d’être humain lui échappe. Il rêve d’être libéré du joug de la nécessité pour vivre enfin humainement.
Et il rêve d’abondance – « Quand je serai riche !… », et ses yeux pétillent de la vision de la vie véritable, celle qui lui laisse le loisir de devenir ce qu’il est, c’est-à-dire autre qu’un laborieux sans fin – être enfin quelqu’un qui peut faire valoir ses qualités singulières qu’il a toujours dû mettre sous le boisseau.
Je nous en prie, ne méprisons pas ce rêve « Quand je serai riche !… », car il s’adressait aussi à nous. Notre arrière-grand-père ne se faisait pas beaucoup d’illusion sur la possibilité qu’il devienne riche. Mais il se disait que, peut-être, les enfants de ses petits-enfants – un peu de lui-même – pourraient connaître l’abondance. Que le sacrifice de sa vie humaine, avec ce qu’il aurait peut-être réussi à établir comme petit capital familial, y aurait contribué.
Or nous, humains de la civilisation occidentale, sommes riches ! Nous avons aujourd’hui cette abondance dont il avait rêvé.
Mais il semble que nous ne le sachions pas.
Tout indique que les humains de la modernité tardive des sociétés occidentales continuent à vivre comme des nécessiteux. Car n’est-ce pas la condition propre du nécessiteux que de voir sa vie absorbée par les activités de travail et de consommation ?
Qu’est-ce qu’une vie de travailleur-consommateur ? Une vie où l’on sacrifie le sens de son activité pour satisfaire ses besoins. Une vie donc en laquelle ce que l’on fait ne fait pas valoir ce que l’on est parce que cela doit prioritairement permettre d’acquérir les biens consommables dont on a besoin.
Juste ce dont nos aïeux rêvaient de se libérer quand ils pensaient « Quand je serai riche !… »
Mais cette libération reste indéfiniment en attente. Car nous avons toujours « besoin » d’un nouveau téléphone, d’une nouvelle voiture, etc. Et cela nous est nécessaire au point que nous sommes prêts à sacrifier la plus grande part de notre temps de vie active pour nous donner les moyens de satisfaire ces « besoins ».
Nous possédons beaucoup de biens. Nous pouvons être confrontés à un engorgement de biens matériels quasiment insoluble à gérer. Et pourtant nous ne nous considérons pas dans l’abondance. Nous ne nous pensons pas comme riches. Notre conscience reste polarisée sur ce qui nous manque. Nous avons toujours besoin d’autre chose.
Pour éclairer cette généralisation paradoxale du profil économique de travailleur-consommateur en société d’abondance, on peut soupçonner que les mots « riche » et « besoin » ont désormais dérivés assez loin de ce qu’ils signifiaient pour nos aïeux.
Être riche, dans notre société, c’est autant posséder que ceux que nous considérons comme riches, et cela s’évalue toujours numériquement en quantité d’argent. Or le riche c’est toujours celui qui possède plus que soi. Et il y a toujours quelqu’un plus riche que soi pour indiquer l’idéal de richesse. Donc on n’est jamais assez riche !
Mais le plus riche du monde, lui, est vraiment riche, objectera-t-on. Non pas ! Car être le plus riche n’est pas un état stable, c’est une conjoncture provisoire qui est menacée par les prétendants à être encore plus riche, et donc par le risque de devenir le pauvre d’un de ceux-là.
Nul n’est jamais assez riche dans le cadre de notre société moderne. Cela signifie que le désir d’être riche fonctionne comme une passion. Une passion est un désir envahissant et insistant parce qu’il se reconduit de sa satisfaction même, et donc qui n’apporte jamais le contentement. C’est pourquoi le passionné est amené à des comportements excessifs, et socialement nuisibles.
Or notre aïeul qui disait « Quand je serai riche !… » n’était pas mû par une passion d’enrichissement mais par le simple désir de pouvoir enfin vivre humainement. La richesse était pour lui l’accès à un état apaisé, stable, en lequel, la satisfaction des besoins nécessaires à l’entretien de la vie étant assurée, il aurait la disponibilité pour faire valoir ses qualités humaines propres.
Donc du côté contemporain, la richesse est une passion relative à autrui qui met dans une compétition sans fin pour la possession et l’étalage de biens, et qui implique le travail et la consommation.
Du côté du rêve populaire ancestral, la richesse est un état de libération de la servitude aux besoins d’entretien de la vie qui permet de vivre humainement.
On retrouve cette opposition au niveau ce qui est considéré comme un besoin. D’une manière générale le besoin est un sentiment qui porte l’exigence incontournable d’agir pour obtenir satisfaction. Le modèle du besoin est le besoin vital – boire, manger, dormir, se protéger des intempéries, etc. Et c’est bien de l’asservissement aux besoins vitaux dont voulaient se libérer – nous libérer – nos aïeux. Il ne faut pas oublier que la satisfaction des besoins était devenue une servitude ordinaire essentiellement du fait de phénomènes de pouvoir social, tels les diverses redevances dues au seigneur, au roi, et l’accaparement des terres par les nobles. C’est pourquoi la rationalisation du rêve « Quand je serai riche !… » passait souvent par l’organisation de mouvements collectifs de contestation sociale.
Mais en ce qui concerne la condition contemporaine de travailleur-consommateur, c’est la passion d’enrichissement qui se vit comme besoin. Quel est le besoin fondamental de ce profil humain ? Le besoin qui conditionne tous les autres ? C’est le besoin d’argent !
Or, l’argent ne nourrit pas, n’habille pas, ne satisfait en rien par lui-même. Il satisfait en ce qu’il permet d’acheter des biens. Or quels biens achète-t-on pour satisfaire ses besoins ?
Le besoin vital le plus régulier, le plus prégnant, est le besoin de se nourrir. Aujourd’hui on consacre de moins en mois d’argent à l’alimentation – 1/5 du budget actuellement alors que c’était 1/3 dans les années soixante. Or, sur ces 1/5 une part significative est gaspillée (1/9 de la nourriture produite est jetée non consommée par les ménages). Si l’on prend en compte ce que l’on utilise pour se loger (environ 1/5 d’un budget), on s’aperçoit que c’est une majorité des achats qui sont consacrés à satisfaire des « besoins » qui ne sont pas vitaux (cet aperçu général occulte les différences de revenus : la part consacrée à la nourriture et au logement est plus importante pour les revenus inférieurs, et la part de ceux qui ne peuvent pas se payer un logement – plus de 0,2% de la population française – n’est pas négligeable).
Ainsi l’argent de l’enrichissement de nos sociétés contemporaines est majoritairement consacré à satisfaire des besoins superfétatoires, qui manifestent de fausses nécessités – des nécessités non pas naturelles, mais culturelles, en ce qu’elles sont liées à l’organisation de la société pour la circulation des marchandises, laquelle capte à cet effet l’énergie des individus dans les activités complémentaires de travailleurs et de consommateurs.
Ce qui est confirmé par l’orientation de l’opinion commune concernant la hiérarchie des biens. Celle-ci porte un intérêt assez marginal aux risques ou dommages sanitaires liés à la qualité de l’air ou de l’eau, vecteurs des diverses pollutions industrielles, et causes d’une part importante, mais qu’on n’a même pas la volonté d’élucider, de décès prématurés, en particulier par cancers, alors qu’elle exprime catégoriquement son besoin de biens superflus à l’entretien de la vie : « J’ai besoin d’un nouveau smartphone, d’un nouveau véhicule, de changer mon salon, … »
Or, comme nous l’avons montré dans notre Pourquoi l’homme épuise-t-il sa planète ? – chapitre 10 : La passion comme mode besogneux du désir – le mécanisme de la passion est de rabattre le désir dans la forme du besoin. Ce qui veut dire que ces faux besoins des humains de la modernité sont vécus comme de vraies nécessités parce qu’ils procèdent de passions. Ce sont les passions sociales que Kant résumait dans la trilogie cupidité, domination et gloire, et que notre société marchande condense dans la passion pour gagner plus d’argent.
Alors que c’étaient leurs simples besoins vitaux qui mettaient nos ancêtres dans la condition de nécessiteux, c’est essentiellement la compétition sociale pour l’argent qui fait que nos contemporains ont leur vie bridée comme s’ils étaient des nécessiteux.
* * *
Telle est la remarquable « performance » de la modernité pilotée par les intérêts marchands (ce qu’on a longtemps appelé « la bourgeoisie ») : maintenir le peuple dans l’état de nécessiteux, alors même qu’il l’immerge dans une abondance de biens.
« Performance » entre guillemets, car elle ne saurait être motif de fierté. Il a fallu la plus grande violence contre la vision humaine de la richesse par nos aïeux pour en arriver là – en France, la répression de la Commune au printemps 1871 en a été le point d’orgue.
Le résultat en est que nous sommes riches d’une manière juste inverse du rêve de nos aïeux. Ils voulaient enfin vivre humainement. Nous pataugeons plus que jamais dans la mare de l’animalité : n’est-ce pas le propre de l’animal d’avoir son horizon de vie borné par ses besoins ? Hannah Arendt remarquait ainsi que l’homme qui travaille « n'est, en effet, qu'une espèce, la plus haute si l'on veut, parmi les espèces animales qui peuplent la terre », mais pour laquelle encore « l'emploi du mot “ animal ” (…) est pleinement justifié. » (La condition de l'homme moderne, Agora – 1983, chap. III – Le travail)
Ceci a sa plus grave conséquence dans la démesure des humains de la modernité. La démesure est l’absence de capacité de limiter soi-même ses comportements conformément à ce que nous indique la raison.
Puisqu’on n’en a jamais fini de courir après l’enrichissement, on n’en a jamais fini de produire toujours plus de biens, d’inventer de nouveaux biens, de multiplier et d’accélérer les flux de marchandises, c’est-à-dire d’étendre le domaine du comportement humain dédié au travail et à la consommation. Ce qui amène à un degré d’exploitation de l’environnement naturel qui épuise la planète.
Au moment où se laissent entendre les premiers craquements annonçant de grands effondrements dans la biosphère en laquelle repose notre vie, il est bon de renouer avec le rêve que notre aïeul a jeté dans l’avenir à notre intention : « Quand je serai riche !… »

samedi, juin 23, 2018

Tout va très bien, Monsieur le Président !

Tout va très bien, Monsieur le Président,
Tout va très bien, tout va très bien.
Pourtant, il faut, il faut que l'on vous dise,
On déplore un tout petit rien :

Les 10% plus riches possèdent la moitié,
Du pays que vous gouvernez,
Quant aux 10% les plus pauvres,
Ils en possèdent 0,07%.
Et dans ce pays qu’est la France,
Les riches sont plus riches chaque année,
Les pauvres, eux, n’ont pas cette chance,
En fin d’année ils se retrouvent plus dépouillés.

Mais à part ça, Monsieur le Président, tout va très bien, tout va très bien !

Allô, allô, l’anti-somnambulique !
Quelles nouvelles ?
Tant d’injustice dans mon pays !
Comment cela est-il possible ?

Cela n'est rien, Monsieur le Président,
Cela n'est rien, tout va très bien.
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise,
On déplore un tout petit rien :

La Terre est en réchauffement accéléré,
Depuis 5 ans les glaces antartiques,
Fondent trois fois plus vite qu’auparavant,
Cela provoque moult inondations sans précédent,
Et les événements climatiques effarants,
Deviennent de plus en plus fréquents.

Mais à part ça, Monsieur le Président, tout va très bien, tout va très bien !

Allô, allô, l’anti-somnambulique !
Cette nouvelle,
Le climat qui part en folie ?

Cela n'est rien, Monsieur le Président,
Cela n'est rien, tout va très bien.
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise,
On déplore de tous petits riens :

Depuis que vous-même êtes né,
De ses multiples vertébrés,
La Terre a perdu la moitié.
Au moins 75% des insectes,
Ont disparu de nos contrées,
Durant ces 30 dernières années.
Et dans les campagnes françaises,
Un tiers des oiseaux sont manquant,
Dont on n'entendra plus les chants
Ça s’est passé ces derniers 15 ans.
Et cela va en s’aggravant,
Puisque le « jour du dépassement »,
Est chaque année toujours plus avant !

Mais à part ça, Monsieur le Président, tout va très bien, tout va très bien !

mercredi, juin 06, 2018

Mécanique de la stigmatisation du migrant

Un sentiment d’insécurité sociale traverse en profondeur la majorité de la société française. Il est lié à des situations massives de déclassement. Le déclassement est une régression de sa position sociale.
Déclassement par le chômage forcé dû à la délocalisation des emplois.
Déclassement des compétences quand l’introduction de nouvelles techniques disqualifie les savoir-faire.
Déclassement par l’âge quand les générations des « Trente Glorieuses » sont jugées trop coûteuses et insuffisamment flexibles par les employeurs.
Déclassement par le diplôme lorsque de longues études réussies se terminent par la « chance » d’échapper au chômage par un emploi au salaire minimum.
Déclassement générationnel dû au fait que, pour une part significative de la population, il y a régression de la position sociale des enfants par rapport à celle des parents.
Déclassement spatial quand des quartiers entiers de grandes villes perdent des services publics et se ghettoïsent, quand tant de villes petites et moyennes à la longue et riche histoire tombent en déshérence faute d’être compétitives pour attirer les flux marchands.
Déclassement spatial à rebours également lorsqu’une initiative d’aménagement d’équipement (projet immobilier, contournement routier, ligne HT, etc.), ou l’établissement d’industries, dégrade tellement l’environnement des habitations qu'elles sont brutalement dévaluées.
Sans doute oublie-t-on d’autres occurrences de déclassement ; mais il est clair que l’extension des déclassements est la conséquence nécessaire de l’expansion et de l’intensification des flux de marchandises qui est essentielle à cette forme de l’économie qui se qualifie de libérale. Ces déclassements en cascade ne sont que la concrétisation de cette « horreur économique » dénoncée de façon prémonitoire par Viviane Forrester dans son livre éponyme publié il y a plus de 20 ans.
Que faire d’un sentiment de peur lié à une situation sociale ? Du fait que cette peur est l’effet d’un problème social subi en commun, il faut la partager. Or cela ne va pas de soi !
D’abord parce que tout sentiment est subjectif : il n’est vraiment connu que par soi. Il est toujours si difficile de faire comprendre à autrui ce qu’on ressent !
Ensuite le sentiment de peur est handicapant. La peur amoindrit notre puissance d’agir. Or, il n’est pas facile de s’avouer affaibli, surtout dans une société qui valorise d’abord l’individu compétitif. La société de compétition secrète l’individualisme comme le mode d’être social performant par excellence : ne surtout pas faire voir ses fragilités pour ne pas être déclassé dans la compétition ! La peur ainsi s’auto-alimente : on a peur que se sache qu’on a peur de perdre pied. Ce qui enferme dans sa peur. Le seul salut – symbolique –  c’est le secret de l’isoloir, où l’on peut voter pour le populiste, celui qui semble reconnaître cette peur en l’enrobant dans une phraséologie de matamore.
La rumeur donne l’occasion de sortir de cette paralysie individuelle en socialisant de manière quasi automatique le sentiment de peur lié à une situation sociale insécurisante. La rumeur est un récit, insoucieux de ses sources et de ses preuves de vérité, qui est propagé en dehors des médias reconnus. Toujours il met en scène une menace cachée pour la collectivité. C’est ainsi que la rumeur donne une forme objective au sentiment de peur tapi en chacun. À partir du moment où la rumeur est adoptée collectivement, sa propre peur devient un sentiment commun qui est un motif d’agir en commun : l’impuissance individuelle est métamorphosée en puissance collective (voir notre essai La rumeur, cet équivoque pouvoir populaire !)
La rumeur d’une invasion par des flux de migrants est le récit qui, aujourd’hui, catalyse le plus efficacement la peur engendrée par les situations de déclassement qui affectent la plus grande part de la société. Cette incrimination s’appuie sur la réalité d’une recrudescence ces dernières années d’une immigration vers l’Europe d’exilés des pays en guerre ou en difficulté d’Orient et d’Afrique. Elle bénéficie des images largement diffusées de foules de migrants bloqués près d’une frontière ou dans un camp. Elle est volontiers investie imaginairement par les peurs liées à la vie sociale, à la fois en raison de la prévention atavique commune contre l’inconnu, mais aussi en s’appuyant sur les différences d’apparence physique. L’adhésion à cette rumeur est nourrie de moult manières par l’idéologie dominante pour lui permettre de s’installer comme une évidence, et ainsi occulter le processus inhumain (et écologiquement désastreux) de l’activisme de l’économie libérale en son stade avancé.
Notons en particulier que les « exilés » – c’est le mot juste pour nommer ces personnes qui ont choisi de s’arracher du lieu où elles avaient un nom – ne se présentent pas spontanément en foules denses comme on nous les montre dans les images de façon à alimenter un imaginaire de l'invasion. Ces effets de foule sont induits par les dispositifs de contraintes physiques – barrières, camps fermés, policiers, etc., – auxquelles les soumettent les États qui devraient les accueillir, et qui les conduisent dans des nasses. On ne s’exile pas par cupidité ! L’« exilé économique » est un impensable. Il n'y a que des exilés vitaux. On s’exile pour se donner un avenir humain au travers d’énormes risques. C’est pourquoi les exilés vers l’Europe ne sont pas originellement des foules. Pour ces quelques dernières années, les exilés qui arrivent en Europe seraient tout au plus quelques centaines de milliers pour quelques centaines de millions d’européens.
1 pour 1000. Et le « un » n’a que ses vêtements, son petit balluchon, et son espoir !
"Tea-Bag resta longtemps ainsi sans bouger, assise sur le lit de camp, les pieds par terre, le temps que la force se présente et l'emplisse, la force de traverser une journée de plus dans ce camp rempli de gens obligés de nier leur identité et qui passaient leur temps à guetter, contre toute évidence, un signe qu'ils étaient les bienvenus quelque part dans le monde."
    Henning Mankell (1948-2015), Tea-Bag, 2001
* * *

Les déclassés de la mondialisation devraient entrer en contact avec ces « migrants » que la rumeur incrimine. Ils seraient étonnés de découvrir combien ils sont proches d’eux dans le plus essentiel – la tonalité affective de leur vécu : être malmené, rejeté, par un système social qui développe la logique d’une compétition où il y a de moins en moins de gagnants (mais qui gagnent de plus en plus) et de plus en plus de perdants.
Ce qui permet d’entrevoir que celui qui vit dans l’insécurité du déclassement du fait de l’évolution actuelle de la société n’est pas totalement livré à cette logique nécessaire qui amène du sentiment d’insécurité sociale à la stigmatisation des « migrants » par le fantasme de la rumeur. L’articulation de cause à conséquence où il peut enfoncer le « coin » de sa liberté pour avoir prise sur la réalité est celle qui le fait passer de la peur de perdre pied à la peur renforcée qui l’isole (peur de faire voir sa fragilité). C’est là qu’il peut avoir le courage de défier l’individualisme ambiant pour confier son sentiment à ceux qui peuvent le mieux le comprendre, c’est-à-dire ceux qui sont également victimes du système économique. Alors la peur pourra devenir commune et se métamorphoser en puissance commune. Mais non pas soudainement, à l’occasion de la prise de connaissance d’une mise en scène fantasmatique d’une menace venue d’on ne sait où (rumeur). Cette lucidité commune sera gagnée par les échanges d’expériences et l’analyse de la situation sociale auxquelles on les rapporte. Elle amènera à porter le regard vers les véritables responsables des choix qui induisent tant d’inhumanité dans la vie sociale.

dimanche, juin 03, 2018

La rumeur, cet équivoque pouvoir populaire !



Crispin et Scapin par Honoré Daumier
Officiellement la rumeur n’existe pas. Aucun texte juridique ne lui reconnaît une place dans l’espace public. Et pourtant la rumeur a une capacité d’impact sur la vie sociale qu’on ne saurait sous-estimer. Les causes immédiates d’épisodes décisifs de la Révolution Française étaient des rumeurs. C’est la rumeur d’un complot pour affamer le peuple de Paris qui a mis en mouvement les parisiens lors de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789.
On objectera que les choses ont bien changé depuis deux siècles. Certes, comme on l’a noté avec justesse, la rumeur est le premier moyen dont les humains ont disposé pour véhiculer l’information – autrement dit, le plus vieux media du monde. Mais l’âge d’or de la rumeur n’appartient-il pas irrémédiablement au passé ? Dans notre « société de la communication » qui s’est donnée les moyens techniques de médias performants et puissants, le rôle de la rumeur n’est-il pas devenu résiduel ?
Et pourtant la rumeur reste quand même bien présente. Par exemple les théories du complot – relevant essentiellement de la rumeur – qui se sont diffusées depuis les années 2000 (suite aux attentats du 11 septembre 2001) ont pris une importance significatives dans les opinions communes occidentales comme le constate un sondage récent.
Se pourrait-il que la rumeur ne soit pas une forme historique dépassée de partage de l’information, mais exprime quelque vérité plus essentielle de la condition humaine ?
* * *
Cette reviviscence contemporaine de la rumeur invite à clarifier la signification du mot. Il est avéré aujourd’hui que les rumeurs trouvent un écosystème très favorable sur le réseau Internet, en particulier dans les applications qui réalisent des réseaux sociaux (tel Facebook). Cela implique que l’on ne saurait cantonner la rumeur à la transmission d’informations au bouche à oreille. Par contre, ce qui apparaît constant dans l’un et l’autre mode de transmission, c’est le fait qu’une information se propage dans les consciences de manière impérieuse, alors même que sa source est indistincte et sa vérité douteuse.
Or, l’adhésion à une information insuffisamment étayée objectivement s’appelle la croyance. Ainsi la rumeur est une forme particulière de croyance. C’est parce que « l’essentiel du motif d’adhésion est subjectif, c’est-à-dire propre à celui qui croit » (voir notre essai Pour une diététique de la croyance) que le croyant peut affirmer catégoriquement en dépit du doute qui devrait le traverser.
Tout le problème consiste alors à cerner cette affinité subjective avec l’information portée par la rumeur qui fait sa prospérité. Car elle ne saurait être liée à son énonciateur, puisque celui-ci est inconnu. On peut même considérer que cette question de la source de la croyance est ce qui permet de distinguer les rumeurs des « fake news » (informations délibérément trompeuses). Les « fake news » n’ont-elles pas toujours un auteur identifié ? Et c’est un homme de pouvoir : elles s’accréditent de l’aplomb avec lequel il affirme du haut de sa position dominante – pensons à Trump affirmant qu’Obama n’était pas né sur le territoire des États-Unis et donc qu’il serait un président illégitime.
D’ailleurs n’est-ce pas le régime général de la croyance d’être principalement déterminée par le crédit que l’on accorde à celui qui l’énonce ? Cela est vrai pour la toute première croyance qu’est la vision du monde enfantine, à partir de 4 ans, qui s’appuie sur l’autorité des réponses parentales aux questions de l’enfant. Cela est également vrai pour la croyance religieuse qui s’appuie sur l’autorité des clercs en tant qu’individus investis d’un pouvoir de médiation entre une divinité transcendante et les humains. Toutes les croyances reposent d’abord sur la reconnaissance par le croyant de l’autorité de celui qui l’énonce.
Toutes, exceptées les rumeurs, puisqu’elles sont reçues comme anonymes, leur source – qui existe bien en quelque manière – étant indistincte. Sur quoi se fonde alors l’accréditation d’une rumeur ?
Pour avancer dans ce problème on peut s’intéresser à d’autres caractères singuliers de la rumeur. La rumeur est une information qui toujours se propage en dehors des médias d’informations reconnus dans la société. Cela signifie que la rumeur s’étend de façon assez aléatoire et imprévisible au gré des relations qui s’établissent, la concernant, entre les individus. Contrairement aux informations massivement assénées par les médias reconnus, jour après jour, et dont il est évident qu’elles soient partagées par tout individu socialisé, les rumeurs sont largement incontrôlées. D’ailleurs il y a des rumeurs, qu’on pressent innombrables, qui ne font pas long feu : elles meurent aussi vite qu’apparues. Mais il y a aussi des rumeurs qui se répandent avec une rapidité telle qu’elles embrasent en quelques jours toute une population.
Certainement des manipulateurs aux petits pieds peuvent lancer une rumeur dans l’espoir qu’elle impactera une conscience collective et aura des effets politiques. Mais cet espoir est bien naïf, car ce ne sont pas eux qui décident, ce sont les individus que la rumeur atteint qui, soit haussent les épaules et passent à autre chose, soit n’ont de cesse de la communiquer autour d’eux.
Avec Edgar Morin, auteur du livre éponyme« La rumeur d’Orléans » (1969), on peut voir à l’œuvre ces mécanismes propres à la rumeur, dans cette occurrence qui a bouleversé la capitale provinciale en 1969. La rumeur alléguait que des jeunes femmes disparaissaient dans des cabines d'essayage de magasins de lingerie de la ville tenus par des juifs, afin de les prostituer à l'étranger.
Du point de vue de sa source, on sait que le scénario contenu dans la rumeur était développé dans un livre publié peu avant. D’ailleurs, cette même rumeur est apparue dans bien d’autres villes de province à la même époque ; mais elle est resté (sauf à Amiens) très embryonnaire. Cela montre que ce n’est pas la volonté d’une source énonciatrice, quelle qu’elle soit, mais l’accueil par une population qui est décisif pour la prospérité d’une rumeur – la source, justement, on ne s’en soucie pas.
Alors pourquoi Orléans et non les autres villes ? Orléans était une capitale provinciale prospère, mais pleinement de l’ancien monde, celui d’avant mai 1968, avec ses catégories sociales bien identifiées et hiérarchisées dominées par une haute bourgeoisie dont le pouvoir semblait aller de soi. Or, lorsqu’apparaît la rumeur, le chef de l’État, De Gaulle, vient de démissionner suite à un référendum où il a été mis en minorité, et, dans une certaine précipitation, une élection présidentielle non prévue se prépare. Cela sonne, dans l’opinion commune de la ville, comme une confirmation de la grande peur de mai 1968 : le monde que l’on a difficilement reconstruit, depuis 25 ans, après le désastre de la guerre, et qui commence à donner ses fruits, est bien en train de se déliter – et l’homme d’État qui symbolise cette reconstruction est poussé vers la sortie.
La rumeur est écoutée et adoptée parce qu’elle donne une forme objective a un sentiment de peur, de menace latente, par lequel on vit la situation politique présente. Elle est donc bien une information, et d'abord au sens le plus originel du terme : ce qui donne forme à une matière (ici un sentiment). Mais elle l'est aussi en son sens second, dérivé – une information comme transmission de connaissances nouvelles sur le monde.
Or, à bien regarder, toutes les rumeurs apparaissent porteuses d’informations à caractère éminemment négatif ! Pensons à la rumeur selon laquelle Isabelle Adjani, en 1987, alors au faîte de sa popularité, était atteinte du sida. Pensons à cette rumeur qui s’est emparée d’une petite ville de la banlieue parisienne en 2007 selon laquelle des inconnus tentaient d’enlever des enfants à la sortie des classes.
C’est pourquoi on ne saurait confondre la rumeur avec d’autres formes d’informations de source obscure et de vérité douteuse qui circulent dans la conscience collective. L’existence du Père Noël n’est pas une rumeur, mais une mythologie populaire à destination des enfants. L’information qu’on répand de manière gourmande sur tel voisin dans le village, sur telle famille en vue dans la cité, sur tel personnage « people » de la scène médiatique, peut bien être en marge des médias reconnus et de source obscure, elle n’est pas pour autant une rumeur, elle doit être rangée parmi les potins, ragots ou commérages.
Ce qui fait la signification propre de la rumeur, c’est que ces informations, se propageant hors de médias reconnus, et non identifiées par la connaissance de leur source, mettent toujours en scène une menace. Ce qui peut sembler paradoxal puisqu’une rumeur est caractérisée aussi par sa propagation rapide et incontrôlée. Comment peut-on accueillir positivement et s’empresser de transmettre une information si intégralement négative ?
Les rumeurs sur les fantômes, spectres et autres revenants, semblent aussi anciennes que porte la mémoire de l’humanité. Voici ce que Spinoza en disait à un interlocuteur qui le pressait d’en reconnaître l’existence : « le désir qu'éprouvent les hommes à raconter les choses non comme elles sont, mais comme ils voudraient qu'elles fussent, est particulièrement reconnaissable dans les récits de fantômes et de spectres » (Lettre à Hugo Boxel – 1674)
Autrement dit, ce qui fait la consistance d’une rumeur et sa prégnance dans la conscience collective, c’est le désir qu’elle assouvit. Et ce désir est de surmonter un sentiment négatif collectif, lié à la situation sociale, et qu’on peut caractériser dans sa généralité comme un sentiment de peur.
Comprenons bien de quoi il s’agit. Lorsque nous parlons de « sentiment collectif », nous ne sommes pas dans la réalité, nous sommes dans l’abstraction. En réalité, il n’y a de sentiments qu’individuels. Le sentiment est le phénomène subjectif, par excellence : ce qui nous advient de l’intérieur. Le mot générique par lequel on le désigne – peur, joie, tristesse, espoir – n’est qu’une indication de son orientation, il ne saurait exprimer sa singularité. En vérité nous sommes enfermés dans notre sentiment, avec notre imaginaire propre (lié à notre histoire) en lequel il s’exprime. Et comme cela peut-être lourd à porter (s’il est intense) et que nous sommes des êtres sociaux, nous avons besoin de le communiquer à autrui, de le partager.
La rumeur permet de nous soulager d’une peur liée à la vie sociale, parce qu’elle révèle que cette peur est partagée en tant qu’elle est la conséquence d’un problème social objectif. On n’est plus tout seul à avoir peur. S’approprier la rumeur nous fait passer de l’impuissance individuelle à la possibilité de l’action collective de remédiation, puisque toujours la rumeur désigne l’agent d’une menace (les ancêtres, les nobles, les juifs, les étrangers, la liberté sexuelle, une société secrète, la CIA, etc.)
La rumeur assouvit un désir de libération par rapport à un sentiment négatif qui empêche de vivre ou, tout au moins, amoindrit la puissance d’agir (pour parler en langage spinoziste). C’est pourquoi on y souscrit avec empressement, en négligeant l’identification de sa source et le problème des preuves de sa vérité. D’ailleurs, elle peut aussi bien être vraie, ou comporter un part d’information vraie. Mais ce n’est pas du point de vue de sa vérité qu’il faut juger la valeur que prend une rumeur dans un milieu social ; c’est du point de vue de sa capacité à catalyser les peurs d’une population.
C’est pourquoi la rumeur se « colporte », c’est-à-dire qu’elle se transmet par des canaux interpersonnels extérieurs aux flux d’informations contrôlés par les médias dominants. En effet les sentiments populaires et l’imaginaire proprement populaire qui lui est lié n’ont ordinairement pas de visibilité médiatique car ils sont très étrangers aux intérêts des milieux sociaux dominants, lesquels s’expriment en imposant les thèmes privilégiés d’information (l’économie, l’arène des rivalités politiques, le sport, l’actualité « people », etc.) – voir à ce propos : Muchembeld, culture populaire et culture des élites, 1978).
La rumeur est la contradiction vive de cette conscience collective fantasmée dont les milieux dirigeants croient entendre la voix dans leurs sondages : l'« opinion publique » !
C’est pourquoi la rumeur peut se propager, quelquefois avec une rapidité surprenante, dans une population, et parfois la mettre en mouvement au-delà de toute possibilité de contrôle.
Le populisme consiste, pour l’individu en quête de pouvoir, à utiliser les sentiments populaires pour avancer dans ses intérêts particuliers, en jouant de la méconnaissance de ces sentiments par les élites en place. Les populistes n’hésitent pas pour cela à s’appuyer sur les rumeurs, en les nourrissant, en les relançant, voire même en les suscitant. Jeu dangereux puisque la rumeur, toujours insuffisamment fondée en vérité, peut désigner de faux agents menaçants et amener à des violences parfaitement injustes, lesquels justifient d’autres violence, etc., dans une logique d’escalade de la violence amenant des troubles sociaux majeurs
Cela est même assez systématique si l’on en croit la théorie du bouc émissaire développée par René Girard. En particulier dans Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978), ce penseur montre que l’état de peur généralisée lié à une violence endémique dans une population amène les gens à désigner un bouc émissaire, lequel finit par faire l’unanimité contre lui, unanimité consacrée par sa mise à mort. Or ce bouc émissaire n’est a priori pas plus coupable qu’un autre : il est désigné de façon parfaitement contingente par la rumeur ! Mais comme sa mise à mort a permis de résoudre le problème social de la violence généralisée, on s’appuie sur le souvenir de son sacrifice pour établir des institutions sociales contraignantes mais pacifiantes. Chez René Girard la rumeur devient le stade final d’évolution d’une société malade de la violence parce qu’elle est le processus même de transformation de la violence indifférenciée en violence contre un seul. Si l’on veut, elle est le premier moment de réunification d’une société disloquée.
Cette théorie est intéressante parce qu’elle met bien en évidence l’ambivalence de la place de la rumeur dans la vie sociale – expression à la fois d’union d’une population et d’injustice. Et c’est sur cette ambivalence que nous pouvons conclure.
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Non, la rumeur n’est pas réductible à un moyen de manipulation ou de détournement des foules. Il faut entendre la rumeur comme une authentique voix populaire. « Authentique », parce qu’elle exprime des sentiments populaires qui n’ont habituellement pas droit de cité dans l’espace public contrôlé – celui de l’opinion publique. C’est pourquoi la rumeur apparaît toujours comme incongrue, faisant tache dans l’opinion commune. Pourtant la rumeur a une véritable vertu cathartique car elle permet de dépasser un accablement individuel pour un sentiment de puissance collective.
Du point de vue de la réflexion sur la vie sociale, la rumeur doit être abordée, non pas selon la question de la vérité des informations qu’elle propage, mais comme expression de la vérité des sentiments populaires, et donc selon la question de la connaissance du vécu des populations. Et ce qui est important pour cette connaissance, c’est, en rapport à son contenu, l’analyse du champ d’extension et de la vitesse de propagation de la rumeur.
La rumeur est la manière populaire spontanée de réagir à une situation sociale vécue négativement. En termes spinozistes nous disons qu’elle est un comportement « réactif », et non une véritable « action » (Spinoza, Éthique, Partie III, définition 2). Or le comportement réactif, directement issu du sentiment, a pour cause réelle non l’individu lui-même mais l’agent extérieur qui l’a affecté du sentiment. Autrement dit, dans la rumeur il y a une chaîne nécessaire :
état d’insécurité sociale —> sentiment de peur —> adoption d’une rumeur —> agissement contre l’agent menaçant. Voir l'application à la rumeur stigmatisant les migrants.
On voit qu’en cette chaîne d’événements nécessaires la liberté de l’individu est court-circuitée. Ce qui veut dire que le peuple mû par la rumeur ne maîtrise pas son destin (même s’il exprime dans l’espace public son sentiment), il est comme agi par les conditions sociales qui lui sont faites.
La voie de la propagation de la rumeur est la voie de l’expression populaire, de la réaction populaire, mais pas encore celle de la liberté populaire. La voie d’une véritable action qui exprime la liberté collective d’une population, doit passer par une prise de recul par rapport au sentiment négatif partagé pour prendre en considération les conditions sociales qui l’ont déterminé. Or, ces conditions sociales ne peuvent être valablement analysées que par le partage des expériences de chacun, le débat et la réflexion collective. Ce qui amène à former un projet d’action politique permettant de remédier au problème social en cause dans la perspective d’un idéal partagé de vie collective (voir à ce propos notre essai Peut-on agir ?).
La rumeur est une authentique expression populaire, mais à son plus bas niveau. L’homme peut prendre du recul et réfléchir son comportement spontané d’adhésion à une rumeur à partir du moment où il en connaît le mécanisme. Au moins la sensibilité à une rumeur peut-elle faire prendre conscience une collectivité d’individus de leur sentiment partagé par rapport à une situation sociale ressentie négativement. Car cette « sympathie » (grec sumpatheia = éprouver avec) populaire est le sol où pousse la motivation pour s’engager ensemble dans une démarche de changement social positif.