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| Paysan savoyard ayant accueilli un enfant juif en zone non encore occupée entre 1940 et 1943 |
Une des fonctions les plus importantes de l’histoire est incontestablement d’être une fabrique rétrospective de la valeur des humains. La fête médiatique réservée au premier ministre anglais Neville Chamberlain rentrant d’Allemagne avec les accords de Munich en septembre 1938, d’une part ; l’appel radio depuis Londres, esseulé, à la résistance de De Gaulle le 18 juin 1940, d’autre part. L’histoire a traité le premier en imbécile, le second en héro.
Quand on dit que l’histoire juge, on ne lui met pas une majuscule comme si on la personnifiait en une entité transcendante, on lui accorde simplement ce caractère essentiel d’être une suite d’événements. L’événement, c’est toujours le fait que ce qui arrive aux humains dans le cours du temps excède ce qu’ils pouvaient en attendre du fait de leurs désirs combinés à leur connaissance des relations causales. C’est bien parce qu’elle est tissée d’événements que l’histoire humaine est une aventure.
Ce sont les événements qui la constituent qui font le jugement de l’histoire. Le capitaine Dreyfus avait été condamné à la déportation à vie en 1894 pour traîtrise … mais que d’événements par la suite pour renverser ce verdict jusqu’à ce qu’un hommage public lui soit rendu par l’actuel président de la république !
Mais ne nous laissons pas abuser par les grandes affaires publiques. C’est chacun de nous, en tant que membre actif dans la société, en tant que citoyen, qui est passible de ce jugement rétrospectif de l’histoire. Celui qui, en 1940, disait – « Je ne choisis pas entre les collabos et les résistants, je préfère continuer ma vie en ne m’occupant que de mes affaires ! » – est devenu, depuis 1944, un des nombreux français imbéciles rétrospectifs de la période. N’était-ce pas le souhait des occupants que chacun s’en tienne à ses petites affaires en fermant le yeux sur l’inacceptable de la violence qui s’exerçait méthodiquement alors ?
Mais aujourd’hui même, alors que nous sommes dans une situation criante en laquelle doit être choisie l’orientation de notre société pour demain, ne peut-on pas anticiper qui seront les imbéciles de demain ?
Nous lisons dans Le Monde de ce jour (daté 13-07-2026) sous la plume du journaliste Stéphane Foucart dans sa Chronique-planète : « Au-delà des polémiques sur la climatisation ou sur le bilan des morts, le débat politique semble se tenir dans un monde parallèle. La simple mise en regard des conséquences de la canicule avec les projets structurants de l’exécutif liés au climat produit un choc de sidération et d’irréalité. Nous ne sommes plus seulement coincés dans une dystopie climatique, mais aussi dans un scénario de comédie noire, où le grotesque le dispute à la farce orwellienne. »
La « dystopie climatique » est la confirmation actuelle qu’une catastrophe climatique impliquant la planète entière est bien amorcée. Les « projets structurants » sont les décisions concernant l’organisation de la société, prises par l’exécutif, et en relations avec le climat. Cela concerne donc les mesures concernant l’isolation des habitations, les crédits sur la recherche concernant les normes à promouvoir pour une architecture mieux adaptée au réchauffement, la préservation des « puits carbone » permettant à long terme de modérer l’effet de serre facteur essentiel du réchauffement – donc les législations sur la préservation des forêts, des haies, sur la ressource en eau, mais aussi pour promouvoir l’agriculture biologique. C’est une « comédie noire » parce qu’un ensemble de décisions sont actuellement, mais déjà depuis quelques temps, prises, qui vont à rebours de ce qu’il faut faire. C’est « grotesque » parce que les politiques responsables de ces décisions se comportent de fait en pleine irresponsabilité de la mission de service public qui leur a été accordée. L’auteur peut parler de « farce orwellienne » dans la mesure où, comme on le voit dans le roman d’Orwell « 1984 », il y a une mystification assez simpliste – par omission – dans l’usage du langage. C’est comme si, dès lors qu’on parle d’économie au sens contemporain de marchés à préserver ou à faire fructifier, tous les problèmes liés à la maltraitance de la biosphère par l’humanité, n’étaient pas simplement écartés, mais ne pouvaient pas même être nommés, comme s’il ne devaient plus faire partie du monde commun. D’où cette impression très juste exprimée par le journaliste d’« un monde parallèle ».
On le comprend, face à une succession d’événements écologiques catastrophiques en accélération, les imbéciles de demain sont déjà là, ou plutôt ils s’auto-désignent dès maintenant, et le délai avant que leurs déclarations et décisions soient publiquement reconnues pour ce qu’elles valent sera bien plus court qu’ils ne l’escomptent.
Mais tout aussi promis à l’imbécillité sont ceux qui acquiescent à leurs arguments de comptabilité et de marchés, ceux qui s’aveuglent dans la considération du plus court terme. Le court terme ne sera plus de mise lorsque sera inévitable l’évidence qu’il n’y a aucun avenir désirable au-delà.
Nous savons que l’air du temps est au plus court terme. Nous voulons rappeler que ce qui est décisif, du point de vue du jugement sur la vie d’un individu par la lignée humaine qui prend sa suite, c’est le jugement de l’histoire. Pose-toi la question : quel référence seras-tu pour tes enfants et les enfants de tes enfants, qui prendront ta suite dans une histoire qu’ils continueront à écrire ? Y a-t-il une question plus importante que la valeur de la trace qu’on a laissé de son passage sur Terre ?
Nous sommes dans une période de grave crise où chacun doit décider du sens qu'il veut donner à sa participation à cette histoire. Ne soyons pas les imbéciles de demain !

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