dimanche, mars 22, 2026

Empreintes de printemps

 


« Mes aspirations ne sont guère plus nettes ou précises que celles d’un bourgeon, lequel tend certes vers la fleur et le fruit, vers l’été et l'automne, tout en ayant seulement conscience de la chaleur du soleil et de l'influence du printemps. »

Henry D. Thoreau, Journal, Le mot et le reste, 2025, p. 61

 

Au moment où tel individu, engoncé dans son imaginaire de pouvoir de chef d’État, déclenche une guerre en lançant des avions bardés de bombes tuant ou réveillant dans une capitale endormie, un autre pouvoir s’affirme pourtant, doux et discret, faisant frissonner le fourmillement des vivants encore léthargiques des frimas de l’hiver.

Fin février 2026, comme fin février 2022, ce furent le fracas de l’explosion des bombes et l’apparition soudaine de colonnes d’épaisses fumées, de cimetières de gravats, dans la ville, qui occultèrent nos sens des subtiles sensations de la levée du souffle du printemps.

Le printemps, cette douce montée des températures qui relance l’élan vital, ce n’est pas n’importe quoi ! C’est l’ajustement, réalisé sur plusieurs milliards d’années, de cette à jamais mystérieuse vitalité dans la matière, au rythme du ballet des astres.

Le printemps est un tissu de créativité qui se décline en une infinité d’apparitions inédites qui éclatent bien vite en symphonie de couleurs et de sons, revêtant alternativement, un hémisphère après l’autre, d’un nouveau vêtement chatoyant de vie.

Récemment, il n’y eut pas de plus beau printemps que le printemps 2020. Oui, celui du Covid-19 qui a amené notre civilisation à suspendre pendant quelques semaines son activisme frénétique (n’est-ce pas que les mercatocrates ont dû renoncer un temps à s’activer, par peur de prendre l’avion, par peur pour leur peau ?) !

Le printemps, c’est la créativité même ! Pourrions-nous seulement penser la créativité sans l’expérience du printemps ?

Et, nous humains, ne sommes-nous pas la plus audacieuse créature issue de milliards de printemps (ce que nous avons mis en scène dans la fantaisie Akatufelah) ?

Tout simplement parce que nous sommes la plus créative des créatures !

Et nous créons même des bombes. Mais nous savons bien que les bombes ne sont que la forme la plus expéditive de nos mille et une créations dévastatrices. Une bombe ne détruit-elle pas en une seconde ce qu’une myriade de printemps avait réussi à construire ?

Il est si facile de détruire ; il est si difficile de construire. Non, pas « difficile », cette connotation négative est inadéquate pour qualifier une réalité toute positive ! Il faut tant de ténacité, de patience, d’ingéniosité, de minutie, de passion, tant de printemps pour tisser cette robe de beauté de notre planète qu’est la biosphère !

Certes, ne seront pas convaincus par ces lignes ceux qui ont besoin d’enfler leur ego, en montrant leur capacité destructrice. Sans doute d’autres printemps les trouveront encore dans une propension à bombarder.

Ce qu’il faut leur opposer est tout simple : voir, écouter, sentir, être pleinement ouvert à ce qui se métamorphose partout pas loin autour de soi, se laisser vraiment imprégner par le printemps.

En conscience de cette richesse qui nous est donnée nous n’aurons plus cœur à tolérer que des egos sourds et aveugles mettent leur empreinte d’explosions, de gravats, et de morts, sur nos printemps à venir.

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