L'écoféminisme c'est la thèse que le combat contre la domination tyrannisante de la nature et le combat contre la domination des femmes sont un même combat, car il s'agit dans les deux cas d'une même domination qui est qualifiée de masculine.
Le sexisme, c'est d'attribuer une valeur négative à un être humain, a priori, du fait de son sexe.
On connaît trop bien le si répandu et lourd sexisme contre les femmes.
Il faut être également lucide sur le sexisme contre les hommes.
Attribuer aux hommes la responsabilité des dommages à la planète, et plus globalement de la violence dans l'histoire, relève de ce dernier sexisme. Si bien que l'écoféminisme exprime assez régulièrement des jugements sexistes.
Tout le problème réside dans la facilité à faire l'amalgame entre la distinction de valeurs masculines/féminines, et le sexe des individus.
Il est vrai que l'adjectif "féminisé" pour les valeurs de solidarité, d'écoute, de réciprocité, de désintéressement, etc., est justifié par l'importance de leur expression dans le rôle maternel. Mais il faut remarquer que cela concerne aussi les valeurs paternelles, tant il est vrai que toute éducation, et de manière privilégiée celle concernant la prime enfance, relève du don.
Et que l'enfant ait besoin, pour grandir, de ces deux sources, cela est vrai. Mais c'est là qu'il faut récuser un dualisme de valeurs opposées.
Les valeurs de repli sur l'espace privé, comme celle de prise de risque dans le monde extérieur sont toutes nécessaires à la vie humaine, et d'ailleurs elles ne sont pas l'apanage de l'un ou l'autre sexe. Simplement, la femme-mère est d'abord en position de privilégier l'aménagement de l'espace privé sécurisé.
Ce qui importe ici c'est la nécessité du don qui concerne aussi bien l'homme que la femme.
Je propose de renoncer à ces déterminations sexualisantes - valeurs féminines/masculines - comme invitant trop aisément les esprits paresseux aux amalgames sexistes.
Car ce sont des valeurs présentes virtuellement chez tous, et plus ou moins favorisées par chacun.
Mais justement la manière ou non de les favoriser est déterminante pour le cours de l'histoire.
Et si l'on condamne le guerrier, pourquoi valoriser l'amazone ?
Et si l'on valorise le désintéressement, pourquoi dévaloriser le rôle de mère ?
L'important, c'est que soit reconnu le rôle du don dans le rapport de l'individu humain à son environnement et à ses congénères.
Nous vivons humainement par ce que l'environnement naturel nous donne, et par ce que nos parents et d'autres adultes nous ont donné.
Le véritable problème est alors l'impérialisme de la valeur d'échange qui élide le don.
Comprendre les problèmes posés par les transformations du monde
contemporain.
"Une vie dépourvue de pensée n'a rien d'impossible ; elle ne réussit pas à développer sa propre essence, c'est tout... Les hommes qui ne pensent pas sont comme des somnambules." Hannah Arendt
Cf le site L'anti-somnambulique
mardi, février 22, 2011
lundi, février 21, 2011
Non aux ressources humaines !
Je les entends, les activistes du libéralisme : les "ressources humaines", c'est l'approche enfin rationalisée de la gestion des compétences de chacun.
Ah, ce rêve d'une société de gens qu'on déplace, insère, ou évacue, en fonction des besoins, qu'on intègre de façon transparente dans les courbes et les diagrammes produits par les tableurs de nos ordinateurs !
Fantasme de marchand passionné que celui d'un humain sans au-delà de sa valeur d'échange quantifiable. Fantasme de celui qui a oublié qu'il est né et qu'il a été lancé dans la vie grâce au don, parce que sa vie n'avait d'abord aucune valeur d'échange.
Légèreté de celui qui n'anticipe pas qu'à un moment ou à un autre il faudra bien qu'il attende le don d'autrui, alors que sa vie n'aura plus aucune valeur d'échange.
Grand pitié me font ces individus qui ont acquis un peu de pouvoir dans un champ social particulier et s'appliquent à détruire tout ce qui déborde la pure valeur d'échange quantifiable de l'activité des individus dont ils gèrent le travail. C'est eux-mêmes que le plus sûrement ils appauvrissent.
Qu'ils sachent que même dans l'échange marchand, il est nécessaire qu'il y ait du don.
La bonne transaction est celle en laquelle l'estime mutuelle, la confiance réciproque dans le contrat (que l'on n'a pas besoin de décliner à l'infini en écrit juridique anticipant toutes les défiances), président à la fixation du prix et à l'échange.
Qu'en une entreprise, où les "ressources humaines" ont trop bien réussi à supprimer la part de don dans les interactions entre individus, on se jette par les fenêtres pour sortir du cauchemar, cela est parfaitement prévisible.
C'est ce que je propose d'appeler la "francetélécomisation" d'une entreprise (ou de tout groupe social de travail).
La vie est humaine, c'est-à-dire essentiellement sociale, par le don
C'est par l'échange de dons que, fondamentalement, se construit et s'entretient une société.
Les ressources humaines, plus jamais ! Mais les relations humaines, toujours !
Ah, ce rêve d'une société de gens qu'on déplace, insère, ou évacue, en fonction des besoins, qu'on intègre de façon transparente dans les courbes et les diagrammes produits par les tableurs de nos ordinateurs !
Fantasme de marchand passionné que celui d'un humain sans au-delà de sa valeur d'échange quantifiable. Fantasme de celui qui a oublié qu'il est né et qu'il a été lancé dans la vie grâce au don, parce que sa vie n'avait d'abord aucune valeur d'échange.
Légèreté de celui qui n'anticipe pas qu'à un moment ou à un autre il faudra bien qu'il attende le don d'autrui, alors que sa vie n'aura plus aucune valeur d'échange.
Grand pitié me font ces individus qui ont acquis un peu de pouvoir dans un champ social particulier et s'appliquent à détruire tout ce qui déborde la pure valeur d'échange quantifiable de l'activité des individus dont ils gèrent le travail. C'est eux-mêmes que le plus sûrement ils appauvrissent.
Qu'ils sachent que même dans l'échange marchand, il est nécessaire qu'il y ait du don.
La bonne transaction est celle en laquelle l'estime mutuelle, la confiance réciproque dans le contrat (que l'on n'a pas besoin de décliner à l'infini en écrit juridique anticipant toutes les défiances), président à la fixation du prix et à l'échange.
Qu'en une entreprise, où les "ressources humaines" ont trop bien réussi à supprimer la part de don dans les interactions entre individus, on se jette par les fenêtres pour sortir du cauchemar, cela est parfaitement prévisible.
C'est ce que je propose d'appeler la "francetélécomisation" d'une entreprise (ou de tout groupe social de travail).
La vie est humaine, c'est-à-dire essentiellement sociale, par le don
C'est par l'échange de dons que, fondamentalement, se construit et s'entretient une société.
Les ressources humaines, plus jamais ! Mais les relations humaines, toujours !
lundi, janvier 10, 2011
Intolérable intolérance ?
C'est une déclaration du shérif de Tucson, Arizona, suite à la fusillade dans laquelle une parlementaire démocrate, Gabrielle Giffords, a été grièvement blessée et qui a fait six morts samedi.
Ce qui est en cause est le climat d'intolérance, paraît-il particulièrement aigu dans cet État, entretenu par certaines forces très conservatrices.
Voilà ce qu'il dit, entendu dans le reportage du journal vespéral d'ARTE, hier soir :
Ce qui est en cause est le climat d'intolérance, paraît-il particulièrement aigu dans cet État, entretenu par certaines forces très conservatrices.
Voilà ce qu'il dit, entendu dans le reportage du journal vespéral d'ARTE, hier soir :
"Dans ce pays, l'intolérance a atteint un niveau intolérable !"Aie ! Comment s'en sortir ?
Peut-être l'antidote est-elle ici :
Pourquoi tant de tolérance ? de Renaud Garcia
samedi, janvier 08, 2011
Un devoir de s'indigner est-il possible ?
La réponse est non.
L'indignation est un sentiment. On n'est jamais responsable de ses sentiments. Le comble de l'impuissance ? La demande "Aime-moi !" Le sentiment, c'est le donné, comme la sensation. Le sentiment, c'est la part intérieure du donné ; comme la sensation en est la part extérieure. Il faut faire avec. Et là, on est libre !
On n'est jamais responsable de ses sentiments, donc ; mais on est toujours responsable de ce qu'on en fait.
Le succès de l'ouvrage de Stéphane Hessel – "Indignez-vous !" – est étonnant , parce qu'il se présente comme une injonction impossible : on ne peut décider de s'indigner. On ne peut s'indigner par choix.
Et, effectivement, le contenu du fascicule tient bien la promesse du titre. L'indignation est présentée comme "une des composantes essentielles qui fait l'humain" (p. 14).De cette position comme valeur humaine essentielle, l'auteur en déduit un devoir de s'indigner : la violation des droits "doit provoquer notre indignation" (p.20).
Or, peuvent être très dommageables ces indignations sur commande, car nécessairement elles impliquent des intentions non dites, lesquelles, forcément amèneront à des comportements qui n'auront rien à voir avec ceux impliqués par une réelle indignation. Imaginez que pour répondre à la demande "Aime-moi !" vous simuliez l'amour. Où iriez-vous sinon dans la direction d'une manipulation de l'autre ? À cent mille lieues du véritable amour !
Alors, dangereux, le fascicule de Stéphane Hessel si unanimement salué ? Ce serait un bien surprenant paradoxe !
La seule possibilité de sauver l'ouvrage serait de reconnaître l'existence d'un véritable sentiment d'indignation partagé.
Nous affirmons que c'est bien le cas. Mais alors pourquoi, y a-t-il, de fait, si peu d'indignation exprimée ? Pour deux raisons :
Ce qui fait problème, c'est ce qu'on en fait, ou plutôt ce qu'on refuse d'en faire : de la crier, de la partager, de la métamorphoser collectivement en projet social –comme les Résistants en 1944 !
Il faut interpréter le succès de l'ouvrage de Hessel parce qu'il touche juste si l'on comprend "Indignez-vous !"comme "Cessez de taire votre indignation !"
Et, au vrai, Hessel nous invite à faire spontanément ce glissement interprétatif, parce que son fascicule est un authentique cri d'indignation.
La raison du succès de "Indignez-vous !"de Stéphane Hessel ? Enfin il donne voix à un refoulé trop lourd à porter.
L'indignation est un sentiment. On n'est jamais responsable de ses sentiments. Le comble de l'impuissance ? La demande "Aime-moi !" Le sentiment, c'est le donné, comme la sensation. Le sentiment, c'est la part intérieure du donné ; comme la sensation en est la part extérieure. Il faut faire avec. Et là, on est libre !
On n'est jamais responsable de ses sentiments, donc ; mais on est toujours responsable de ce qu'on en fait.
Le succès de l'ouvrage de Stéphane Hessel – "Indignez-vous !" – est étonnant , parce qu'il se présente comme une injonction impossible : on ne peut décider de s'indigner. On ne peut s'indigner par choix.
Et, effectivement, le contenu du fascicule tient bien la promesse du titre. L'indignation est présentée comme "une des composantes essentielles qui fait l'humain" (p. 14).De cette position comme valeur humaine essentielle, l'auteur en déduit un devoir de s'indigner : la violation des droits "doit provoquer notre indignation" (p.20).
Or, peuvent être très dommageables ces indignations sur commande, car nécessairement elles impliquent des intentions non dites, lesquelles, forcément amèneront à des comportements qui n'auront rien à voir avec ceux impliqués par une réelle indignation. Imaginez que pour répondre à la demande "Aime-moi !" vous simuliez l'amour. Où iriez-vous sinon dans la direction d'une manipulation de l'autre ? À cent mille lieues du véritable amour !
Alors, dangereux, le fascicule de Stéphane Hessel si unanimement salué ? Ce serait un bien surprenant paradoxe !
La seule possibilité de sauver l'ouvrage serait de reconnaître l'existence d'un véritable sentiment d'indignation partagé.
Nous affirmons que c'est bien le cas. Mais alors pourquoi, y a-t-il, de fait, si peu d'indignation exprimée ? Pour deux raisons :
- parce que toute l'organisation communicationnelle du pouvoir marchand en direction du peuple tend à l'en divertir – voir mon très ancien, mais bien confirmé, article sur le dérivertissement ;
- parce que les opinions d'origine idéologique qui font valoir l'individualisme, les situations de bien-être, l'impuissance sinon l'infaisabilité de la révolte, amènent à la refouler.
Ainsi Hessel se trompe dans sa manière de poser le problème du déficit d'esprit de résistance. Ce n'est pas par insuffisance d'indignation. En fait l'indignation est bien là, omniprésente, débordant même les divertissements et refoulements, à la mesure de l'omniprésence des situations d'injustice, à tel point qu'elle doit être incessamment calfeutrée par les antidépresseurs."L'homme, en vertu de la raison dont il est doué, a la faculté de sentir sa dignité dans la personne de son semblable comme dans sa propre personne, de s'affirmer tout à la fois comme individu et comme espèce.La JUSTICE est le produit de cette faculté."
Ce qui fait problème, c'est ce qu'on en fait, ou plutôt ce qu'on refuse d'en faire : de la crier, de la partager, de la métamorphoser collectivement en projet social –comme les Résistants en 1944 !
Il faut interpréter le succès de l'ouvrage de Hessel parce qu'il touche juste si l'on comprend "Indignez-vous !"comme "Cessez de taire votre indignation !"
Et, au vrai, Hessel nous invite à faire spontanément ce glissement interprétatif, parce que son fascicule est un authentique cri d'indignation.
La raison du succès de "Indignez-vous !"de Stéphane Hessel ? Enfin il donne voix à un refoulé trop lourd à porter.
mardi, décembre 21, 2010
D'un procédé rhétorique de discours polyvalent
Il s'agit de l'interview - ce matin - de J-M Le Guen sur France-inter, député socialiste de Paris, à propos du scandale du Mediator.
Le Mediator est un médicament qui vient d'être interdit après plusieurs années d'une belle carrière de prescriptions médicales, et peut-être plus d'un millier de morts subséquents.
Il y a donc eu dysfonctionnements dans les institutions d'État en charge de la protection sanitaire.
Ce dont notre député socialiste a tout à fait conscience.
Il proclame qu'il faudra prendre des mesures qu'il qualifie à plusieurs reprises - la formule a donc été soupesée - d'"assez radicales".
C'est un oxymore : par nature le radicalisme ne supporte pas les déterminations relativisantes.
Donc les mesures assez radicales n'existeront pas.
Par contre l'oreille des auditeurs pourra y trouver son compte.
Le peuple - tous ces gens qui croyaient pouvoir faire confiance dans le service public de santé - trouveront dans l'adjectif "radical" une réponse à leur espoir que le ménage sera fait, que les coupables de conflits d'intérêt seront mis hors d'état de nuire, que justice sera faite, bref, que le problème institutionnel que met à jour ce drame sera pris à bras-le-corps et résolu.
Mais tout autant, les dirigeants de laboratoires pharmaceutiques, mais aussi tous les professionnels de santé qui profitent peu ou prou des bénéfices engrangés par leurs lucratives activités, sont rassurés par le déterminant "assez" de la formule "assez radicales". Cela se passera entre gens de bonne compagnie ; ces mesures pourront se discuter ; et comme du côté des laboratoires on a de bons moyens pour être convaincant ...
Comme quoi une formule vide de sens peut devenir pleine de valeur communicationnelle.
Il suffit qu'elle donne en pâture les mots désirés.
Or aujourd'hui, face à la multiplication des problèmes sociaux engendrés par la gestion sarkozyste, on désire du côté du pouvoir alternatif potentiel - du PS - les mots qui apportent les solutions.
Hé bien, ce matin, avec J-M Le Guen, chacun les a trouvés, le peuple comme les professionnels de la médication.
Et devinez qui va se retrouver trompé ?
Le Mediator est un médicament qui vient d'être interdit après plusieurs années d'une belle carrière de prescriptions médicales, et peut-être plus d'un millier de morts subséquents.
Il y a donc eu dysfonctionnements dans les institutions d'État en charge de la protection sanitaire.
Ce dont notre député socialiste a tout à fait conscience.
Il proclame qu'il faudra prendre des mesures qu'il qualifie à plusieurs reprises - la formule a donc été soupesée - d'"assez radicales".
C'est un oxymore : par nature le radicalisme ne supporte pas les déterminations relativisantes.
Donc les mesures assez radicales n'existeront pas.
Par contre l'oreille des auditeurs pourra y trouver son compte.
Le peuple - tous ces gens qui croyaient pouvoir faire confiance dans le service public de santé - trouveront dans l'adjectif "radical" une réponse à leur espoir que le ménage sera fait, que les coupables de conflits d'intérêt seront mis hors d'état de nuire, que justice sera faite, bref, que le problème institutionnel que met à jour ce drame sera pris à bras-le-corps et résolu.
Mais tout autant, les dirigeants de laboratoires pharmaceutiques, mais aussi tous les professionnels de santé qui profitent peu ou prou des bénéfices engrangés par leurs lucratives activités, sont rassurés par le déterminant "assez" de la formule "assez radicales". Cela se passera entre gens de bonne compagnie ; ces mesures pourront se discuter ; et comme du côté des laboratoires on a de bons moyens pour être convaincant ...
Comme quoi une formule vide de sens peut devenir pleine de valeur communicationnelle.
Il suffit qu'elle donne en pâture les mots désirés.
Or aujourd'hui, face à la multiplication des problèmes sociaux engendrés par la gestion sarkozyste, on désire du côté du pouvoir alternatif potentiel - du PS - les mots qui apportent les solutions.
Hé bien, ce matin, avec J-M Le Guen, chacun les a trouvés, le peuple comme les professionnels de la médication.
Et devinez qui va se retrouver trompé ?
lundi, novembre 22, 2010
Le paradoxe du chef d'État
Comme le remarquait Hume, si les événements historiques se succèdent, toujours inédits, sous-jacentes demeurent les mêmes passions humaines constamment agissantes.
Et les passions historiquement les plus tenaces et conséquentes sont les passions de rivalité.
Kant les résumait à trois passions :
Or les passions de rivalité sont des passions asociales. Elles précipitent les individus les uns contre les autres et n'en finissent jamais de surenchérir dans l'affrontement.
Il faut le dire ! La principale cause de malheurs dans l'histoire, ce ne sont pas les catastrophes naturelles, ce sont les dommages que les hommes se font mutuellement (en particulier lors des guerres). Et ce qui œuvre presque toujours lors de ces dommages, ce sont les passions de rivalité.
Si bien qu'il faut prendre au sérieux Hobbes lorsqu'il affirmait que l'essence de l'État, c'est d'être le pouvoir commun à un groupe social qui lui permet de surmonter la violence immanente aux rapports de rivalité entre les hommes.
Il s'ensuit que le chef d'État symbolise nécessairement cet état de fait retrouvé du dépassement de l'expression de la rivalité qui a fait sortir les hommes de l'état de "guerre de tous contre tous" (Hobbes).
Le chef d'État ne peut habiter son statut très particulier et éminent, ne peut être respecté comme tel, qu'en tant qu'il incarne le dépassement des passions de rivalité.
Or le chef d'État n'a pu parvenir à ce poste que parce qu'il a été vainqueur dans les jeux de rivalité.
Tel est le paradoxe du chef d'État : il doit être détaché de ce dont il est le champion.
Il semble qu'il n'y ait qu'un moyen de sortir de ce paradoxe. Le futur chef d'État doit avoir peu ou prou "une pensée de derrière la tête"(Pascal). Il ne joue le jeu de la rivalité que parce qu'il a un projet pour en sortir. Un projet politique, ce n'est rien d'autre que réorienter les désirs de chacun vers un but commun qui dépasse les rivalités.
Il y a une nuance : un projet "libéral" est un projet qui intègre effectivement l'énergie de la passion de cupidité, mais qui la maintient dans le cadre d'un droit qui évite qu'elle débouche sur la violence.
Un chef d'État qui échoue est un chef d'État qui n'incarne pas ce dépassement de la rivalité dangereuse. Il met en danger la paix sociale. Il devient un problème vital pour la société.
Le chef d'État qui dit publiquement "Casse-toi pauvre con !", "Descend si t'es un homme !","J'ai un super job, une superbe femme, alors évidemment les Français me le font payer !", montre qu'il n'a pas le recul attendu par rapport aux passions de rivalité. Au sens littéral, il se révèle "vulgaire" (du latin vulgus qui signifie foule au sens d'entité sociale emportée par ses passions). Il déchoit de son statut. Et ses administrés se rendent compte que ce n'est pas la bonne personne à la bonne place.
Ils s'en rendent d'autant mieux compte qu'ils subissent alors inévitablement les dérives induites.
Car le chef d'État a d'emblée le rôle de modèle dans la prise en charge de l'intérêt public pour tous les fonctionnaires d'autorité.
Si le chef d'État faillit à se maintenir au-dessus des rivalités, ces fonctionnaires pourront se trouver légitimés à utiliser les moyens que leur confère leur statut pour se "lâcher" dans leurs propres passions de rivalité.
C'est dans un tel État qu'on a toutes chances de voir se multiplier des situations de violences collectives, en particuliers dans la relation aux forces de l'ordre.
Dans la mesure où l'on a quelque pouvoir sur la désignation d'un chef d'État, il ne faut jamais oublier que la chose la plus importante qu'il faut en attendre est le dépassement des passions de rivalité.
Et les passions historiquement les plus tenaces et conséquentes sont les passions de rivalité.
Kant les résumait à trois passions :
- la cupidité : avoir le plus de biens pour soi,
- la domination : déterminer le plus possible le comportement d'autrui,
- la gloire : être valorisé plus qu'autrui.
Or les passions de rivalité sont des passions asociales. Elles précipitent les individus les uns contre les autres et n'en finissent jamais de surenchérir dans l'affrontement.
Il faut le dire ! La principale cause de malheurs dans l'histoire, ce ne sont pas les catastrophes naturelles, ce sont les dommages que les hommes se font mutuellement (en particulier lors des guerres). Et ce qui œuvre presque toujours lors de ces dommages, ce sont les passions de rivalité.
Si bien qu'il faut prendre au sérieux Hobbes lorsqu'il affirmait que l'essence de l'État, c'est d'être le pouvoir commun à un groupe social qui lui permet de surmonter la violence immanente aux rapports de rivalité entre les hommes.
Il s'ensuit que le chef d'État symbolise nécessairement cet état de fait retrouvé du dépassement de l'expression de la rivalité qui a fait sortir les hommes de l'état de "guerre de tous contre tous" (Hobbes).
Le chef d'État ne peut habiter son statut très particulier et éminent, ne peut être respecté comme tel, qu'en tant qu'il incarne le dépassement des passions de rivalité.
Or le chef d'État n'a pu parvenir à ce poste que parce qu'il a été vainqueur dans les jeux de rivalité.
Tel est le paradoxe du chef d'État : il doit être détaché de ce dont il est le champion.
Il semble qu'il n'y ait qu'un moyen de sortir de ce paradoxe. Le futur chef d'État doit avoir peu ou prou "une pensée de derrière la tête"(Pascal). Il ne joue le jeu de la rivalité que parce qu'il a un projet pour en sortir. Un projet politique, ce n'est rien d'autre que réorienter les désirs de chacun vers un but commun qui dépasse les rivalités.
Il y a une nuance : un projet "libéral" est un projet qui intègre effectivement l'énergie de la passion de cupidité, mais qui la maintient dans le cadre d'un droit qui évite qu'elle débouche sur la violence.
Un chef d'État qui échoue est un chef d'État qui n'incarne pas ce dépassement de la rivalité dangereuse. Il met en danger la paix sociale. Il devient un problème vital pour la société.
Le chef d'État qui dit publiquement "Casse-toi pauvre con !", "Descend si t'es un homme !","J'ai un super job, une superbe femme, alors évidemment les Français me le font payer !", montre qu'il n'a pas le recul attendu par rapport aux passions de rivalité. Au sens littéral, il se révèle "vulgaire" (du latin vulgus qui signifie foule au sens d'entité sociale emportée par ses passions). Il déchoit de son statut. Et ses administrés se rendent compte que ce n'est pas la bonne personne à la bonne place.
Ils s'en rendent d'autant mieux compte qu'ils subissent alors inévitablement les dérives induites.
Car le chef d'État a d'emblée le rôle de modèle dans la prise en charge de l'intérêt public pour tous les fonctionnaires d'autorité.
Si le chef d'État faillit à se maintenir au-dessus des rivalités, ces fonctionnaires pourront se trouver légitimés à utiliser les moyens que leur confère leur statut pour se "lâcher" dans leurs propres passions de rivalité.
C'est dans un tel État qu'on a toutes chances de voir se multiplier des situations de violences collectives, en particuliers dans la relation aux forces de l'ordre.
Dans la mesure où l'on a quelque pouvoir sur la désignation d'un chef d'État, il ne faut jamais oublier que la chose la plus importante qu'il faut en attendre est le dépassement des passions de rivalité.
vendredi, novembre 19, 2010
Sur l'annonce de l'enseignement de la philosophie en Seconde
L'enseignement de la philosophie en Seconde, c'est d'abord un acte de communication d'un gouvernement qui a besoin de faire accroire sa nouveauté et d'un ministre qui espère ainsi positiver son image et celle de sa réforme.
À regarder de près, cela se réduit à pas grand chose : seulement la possibilité d'enseigner la philosophie dans le cadre des horaires fourre-tout-et-n'importe-quoi – "enseignements personnalisés", "enseignements d'exploration", ECJS – que l'on multiplie depuis quelques temps, au détriment des enseignements disciplinaires. Donc pas d'horaire dédié, pas de budget, pas de recrutement, pas de programme.
Mais au-delà de ces petites stratégies d'autopromotion à l'économie, regardons-en le principe.
Indépendamment des problèmes de conceptualisation et de lecture des textes de la tradition, philosopher c'est au moins avoir la capacité de prendre du recul par rapport à ses passions pour les penser et les mettre en perspectives en fonction de valeurs finales réfléchies.
Or l'expérience nous apprend que, même en Terminale, un certain nombre d'élèves sont incapables d'entrer dans cette prise de recul, tout simplement parce que ça n'est pas leur problème.Et ça ne peut pas l'être parce qu'ils ont des problèmes autrement plus urgents à résoudre, problèmes que l'on peut globalement ranger sous la catégorie des problèmes d'identité.
C'est assez normal. Chaque individu a son propre cheminement de maturation. Mais ce qui est certain, c'est que cette maturation passe par une phase d'appropriation de son identité contre le statut de l'enfant-à-ses-parents, et par la quête de reconnaissance par ses pairs et plus largement par la société extérieure à la famille.
C'est ce qu'on appelle l'adolescence.
Elle a sa phase critique lorsque l'essentiel du désir de l'individu est capté par cette quête. C'est la crise d'adolescence. Or, pour philosopher, je veux dire, pour que ça ne soit pas un exercice seulement contraint, il faut être passablement dégagé de ces passions de l'adolescence.
Il faut cesser de se considérer sans arrêt dans le miroir, pour considérer de manière objective le sens de sa vie et les valeurs en fonction desquelles on doit vivre !
Il est certain que, généralement, on n'est pas encore sorti de cette phase égocentrée à 15-16 ans, en Seconde.
Il est tout à fait possible que le lycéen concerné soit enthousiasmé par ce projet. Mais il est fort possible que ce soit pour de mauvaises raisons : le gain pour son identité de s'afficher comme participant à cet enseignement pour plus grands. Cet enthousiasme risque vite alors de retomber devant les exigences de la réflexion conceptuelle.
Ce dont a d'abord besoin le lycéen de Seconde, c'est d'une présence suffisante d'adultes pour l'aider à se positionner et s'affirmer par rapport à la pression des valeurs proposées par la société. Ces adultes l'aideront à la fois par leur exemplarité, et comme interlocuteurs pour leurs interrogations.
En tant que prof de philo, ce que je demande au gouvernement, ce n'est pas l'introduction de la philosophie en Seconde :
L'État doit décider si le surplus de richesses créé par la croissance économique continue depuis plusieurs décennies – c'est-à-dire d'abord par le travail populaire – peut être aussi investi dans l'éducation.
La philosophie devrait plutôt être introduite en Ministère : "faire des économies" peut-il valoir comme valeur finale pour l'Éducation ?
À regarder de près, cela se réduit à pas grand chose : seulement la possibilité d'enseigner la philosophie dans le cadre des horaires fourre-tout-et-n'importe-quoi – "enseignements personnalisés", "enseignements d'exploration", ECJS – que l'on multiplie depuis quelques temps, au détriment des enseignements disciplinaires. Donc pas d'horaire dédié, pas de budget, pas de recrutement, pas de programme.
Mais au-delà de ces petites stratégies d'autopromotion à l'économie, regardons-en le principe.
Indépendamment des problèmes de conceptualisation et de lecture des textes de la tradition, philosopher c'est au moins avoir la capacité de prendre du recul par rapport à ses passions pour les penser et les mettre en perspectives en fonction de valeurs finales réfléchies.
Or l'expérience nous apprend que, même en Terminale, un certain nombre d'élèves sont incapables d'entrer dans cette prise de recul, tout simplement parce que ça n'est pas leur problème.Et ça ne peut pas l'être parce qu'ils ont des problèmes autrement plus urgents à résoudre, problèmes que l'on peut globalement ranger sous la catégorie des problèmes d'identité.
C'est assez normal. Chaque individu a son propre cheminement de maturation. Mais ce qui est certain, c'est que cette maturation passe par une phase d'appropriation de son identité contre le statut de l'enfant-à-ses-parents, et par la quête de reconnaissance par ses pairs et plus largement par la société extérieure à la famille.
C'est ce qu'on appelle l'adolescence.
Elle a sa phase critique lorsque l'essentiel du désir de l'individu est capté par cette quête. C'est la crise d'adolescence. Or, pour philosopher, je veux dire, pour que ça ne soit pas un exercice seulement contraint, il faut être passablement dégagé de ces passions de l'adolescence.
Il faut cesser de se considérer sans arrêt dans le miroir, pour considérer de manière objective le sens de sa vie et les valeurs en fonction desquelles on doit vivre !
Il est certain que, généralement, on n'est pas encore sorti de cette phase égocentrée à 15-16 ans, en Seconde.
Il est tout à fait possible que le lycéen concerné soit enthousiasmé par ce projet. Mais il est fort possible que ce soit pour de mauvaises raisons : le gain pour son identité de s'afficher comme participant à cet enseignement pour plus grands. Cet enthousiasme risque vite alors de retomber devant les exigences de la réflexion conceptuelle.
Ce dont a d'abord besoin le lycéen de Seconde, c'est d'une présence suffisante d'adultes pour l'aider à se positionner et s'affirmer par rapport à la pression des valeurs proposées par la société. Ces adultes l'aideront à la fois par leur exemplarité, et comme interlocuteurs pour leurs interrogations.
En tant que prof de philo, ce que je demande au gouvernement, ce n'est pas l'introduction de la philosophie en Seconde :
- c'est l'arrêt de la réduction du nombre d'adultes relativement au nombre de lycéens dans les établissements. Il faut moins d'élèves par classe, plus de surveillants, pour que la relation éducative dont l'adolescent a besoin soit possible.
- c'est l'abandon de cette "réforme" déstructurante qui multiplie les sollicitations du professeur pour des taches qui l'éloignent de la relation à l'élève. Quel mépris de penser faire croire qu'on institue des heures d'"enseignement personnalisé" alors qu'on réduit jusqu'au point de rupture le nombre de professeurs, documentalistes, surveillant(e)s assistant(e)s sociaux(ales), infirmières !
L'État doit décider si le surplus de richesses créé par la croissance économique continue depuis plusieurs décennies – c'est-à-dire d'abord par le travail populaire – peut être aussi investi dans l'éducation.
La philosophie devrait plutôt être introduite en Ministère : "faire des économies" peut-il valoir comme valeur finale pour l'Éducation ?
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