samedi, mai 14, 2011

Accumulation de radioactivité artificielle : Il faut arrêter. Tout de suite !

L'industrie nucléaire produit en grande quantité des matériaux radioactifs ; et ceci de manière inexorablement cumulative, car une grande partie de ces déchets ont une très longue durée de nocivité –  des centaines, voire des milliers d'années.

Ainsi le plutonium 239 (qu'il faudra confiner pendant 200 000 ans !) est sous-produit, par tonnes, dans les centrales nucléaires alors même qu'une simple poussière ingérée peut provoquer un cancer du poumon. Il s'agit ici du genre de produit qui, si l'on en rassemble plus de quelques kilos (5,3 kg semble-t-il), explose.

On entrepose on ne sait trop où, on ne sait trop comment, des tonnes de matériaux radioactifs (il y aurait plus de 60 tonnes de plutonium entreposées à La Hague dans le Cotentin). On sait qu'on les transporte à travers les zones habitées dans la plus grande opacité.

On cache la saleté sous le tapis.

Mais il s'agit ici de la pire saleté qui soit.

Car il faut bien comprendre que la radioactivité est littéralement inhumaine :
  •  elle échappe au contrôle humain en ce qu'elle le traverse sans que la sensation puisse jouer son rôle de filtre de ce qui est nocif pour l'organisme ;
  • supposons que l'État, dans un sursaut de transparence sanitaire, octroie à chacun un compteur Geiger pour remédier à cette impuissance naturelle : notre raison, dans son usage le plus basique – mettre de l'ordre dans les phénomènes en décelant des rapports de causalité – serait elle-même impuissante. Car il n'y a pas de relation de causalité assignable entre une irradiation et un dommage physiologique ;
  • mais au-delà de cette impuissance à la maîtrise consciente, elle trompe l'organisme lui-même, puisque les éléments contaminant peuvent être accueillis comme bénéfiques, et s'installer en lui durablement, l'irradiant de l'intérieur : l'isotope radioactif se fixe dans l'organisme en prenant la place de l'élément non radioactif (comme le strontium 90 à la place du calcium dans les os) ;
  • elle est inaccommodable à la temporalité humaine puisque la durabilité de sa nocivité dépasse tout horizon de projets humains.
J'ai montré dans Radioactivité & expérience humaine que les organismes vivants aérobies n'ont pu apparaître sur notre planète qu'au bout de 4 milliards d'années dans l'histoire de celle-ci –  hé oui ! le vivant a attendu environ 3 milliards d'années avant de sortir de l'eau. Pourquoi ? Parce que la radioactivité naturelle était trop importante pour être compatible avec la viabilité de tels organismes.
Il faut savoir qu'aux premiers âges de la Terre, la radioactivité naturelle était très intense, tout simplement parce que les éléments lourds et très radioactifs, produits par fusion dans les étoiles, étaient encore présents.
Progressivement, ces éléments ont été transmutés en éléments moins lourds en émettant de l'énergie sous forme de radioactivité. Si bien que la radioactivité a décru selon un progression géométrique : diminution de 1/2 par laps de temps égaux.

Aujourd'hui, il y a une radioactivité naturelle résiduelle qui est comme un bruit de fond dont l'homme ne s'aperçoit pas, mais auquel il est adapté.

D'autre part les organisme les plus évolués, ceux qui ont le code génétique le plus riche, sont les plus vulnérables à une sur-irradiation (telle que la délivre la radioactivité artificielle lors d'accidents nucléaires).

Le principal problème contemporain est tout simple :

En accumulant de la radioactivité artificielle, ne recrée-t-on pas la condition d'un environnement terrestre impropre à la vie humaine ?

N'oublions jamais, comme le montre Fukushima, que la radioactivité qui se libère finit par se diffuser partout (par exemple, lorsque l'on prétend décontaminer, il faut ensuite décontaminer les instruments de décontamination, etc.).

Il n'est en effet pas sérieux de prétendre garantir le confinement de tonnes déchets hautement radioactifs pendant des dizaines de milliers d'années !

Il faut arrêter. Tout de suite !

jeudi, avril 28, 2011

Le critère d'universalité à l'œuvre

Nous disons, à la suite d'Hannah Arendt, que la vie active de l'homme moderne est caractérisée par l'envahissement du travail-consommation. Celui-ci, commandé non seulement par l'entretien de la vie, mais aussi par une motivation passionnelle, implique prélèvements et déjections sans limites sur l'environnement naturel. Nous défendons la thèse que c'est par l'activisme généralisé engendré par ce phénomène qu'il faut rendre compte de la crise écologique mondiale qui commence.

Dès lors la seule véritable issue ne peut consister qu'en une conversion de l'activité. Il faut retrouver le sens de l'œuvre, c'est-à-dire d'un mode d'activité qui vaille essentiellement pour ce que son produit apporte durablement à la vie collective.

Mais l'œuvre a déjà été politiquement valorisée contre les méfaits du libéralisme, quoique de manière indirecte, par les mouvements fascistes. En effet dans la notion italienne de fascio, comme dans celle, espagnole, de phalange, il y avait l'idée d'une organisation corporative de la vie sociale selon le type d'œuvre produite.

Seulement cette organisation était considérée comme devant prendre place dans une conception de la vie sociale hiérarchisée et intangible. Elle nourrissait un nationalisme, c'est-à-dire qu'elle amenait les individus, non seulement à rester à leur place assignée, mais à défendre l'ensemble "organique" ainsi conçu – la nation – contre tout ce qui pouvait le menacer.

C'est pour cela qu'il est important de rappeler ici le critère d'universalité. Réfléchir politiquement, comme le rappelait Aristote, c'est d'abord "réfléchir sur le Bien et le Juste" (Politiques), autrement dit sur les valeurs finales en fonction desquelles on veut vivre ensemble.

Le critère d'universalité implique que les valeurs choisies en fonction desquelles on veut vivre ensemble doivent valoir universellement, c'est-à-dire que n'importe quel être humain doit pouvoir les faire siennes.

Ce n'est pas le cas des valeurs fascistes puisqu'elles impliquent que tout étranger à ce système corporatif est une menace qu'il faut éliminer.

C'est bien le cas de l'œuvre, comme valeur qu'il faut promouvoir pour remplacer la valeur d'échange couplée au travail-consommation. Tout être humain peut faire œuvre. Mieux, tout être humain a vocation à s'épanouir en faisant œuvre, en toute liberté.

C'est d'ailleurs pour cela que l'œuvre est inséparable de l'action. Cet autre mode d'activité est défini par Arendt comme celui par lequel les hommes organisent leur liberté par des règles communes afin que la vie sociale bénéficie au mieux des œuvres de chacun.

 Il faut rappeler ici que travail, œuvre, action, du point de vue d'Arendt, parce qu'ils concernent le sens de l'activité, ne sont pas exclusifs les uns des autres. Une activité peut avoir plusieurs sens. Par exemple, en écrivant cet article, je suis dans l'action (je prends position sur les valeurs de la société) ;  mais je fais aussi une œuvre (cet article veut être un petit apport à la culture commune) ; et si j'étais rémunéré pour sa production (ce n'est pas le cas), ce serait aussi du travail.

samedi, avril 16, 2011

Sur la possibilité de normer le rapport de l'homme à la nature

Traditionnellement la nature – l'ordre manifesté par la vitalité de son environnement – était vécue par l'homme comme transcendance.
L'homme délimitait, au moyen de croyances, un domaine sacré qu'il excluait de son appropriation utilitaire.
La philosophie antique des Grecs s'est efforcée de rationaliser cette limitation en décrivant l'ordre de la nature auquel l'homme doit se conformer.
D'où le précepte stoïcien de "vivre en conformité avec la nature".
Il reste que l'ubris – l'excès dans le comportement humain – était toujours la pire faute, car, transgressant l'ordre, elle appelait les catastrophes.
Il convient aujourd'hui de convoquer de nouveau cette notion d'ubris à propos des agissements de l'homme vis-à-vis de son environnement naturel. C'est ce qu'exprime la notion d'activisme.
Mais l'excès n'est plus alors déterminé a priori, comme naguère, il est déterminé a posteriori, au vu des dommages causés, et des évolutions scientifiquement prévisibles déduites expérimentalement. Ce sont les comportements qui modifient les paramètres favorables aux flux d'échanges qui constituent la vitalité de la biosphère.
Faut-il en tirer des normes ? Cela est délicat car ce n'est pas tant la nature de l'activité qui est dommageable que son caractère généralisé. Et ce caractère généralisé est lié à la manière dont est organisée la vie sociale – le libéralisme marchand – et aux valeurs qui la sous-tendent, tout particulièrement la primauté de la valeur d'échange.
Si bien que je préconise de ne pas s'arrêter sur ce problème de normes écologiques, qui n'est pas le plus fondamental, pour investir le problème des valeurs selon lesquelles il convient de vivre ensemble.
J'ai essayé de montrer dans "Pourquoi l'homme épuise-t-il sa planète ?" qu'elles devaient sortir de la détermination de notre passif hérité du passé – ne plus être d'origine passionnelle – pour devenir pleinement humaines ; et qu'elles nous feraient alors spontanément sortir de l'activisme.
Il n'y aurait alors plus de problème écologique (étant supposé que la nature ait rétabli ses équilibres) car il est certain que la nature a une vitalité suffisante pour intégrer les entreprises de connaissances et plus généralement d'œuvres de l'espèce humaine.
Je précise qu'il me paraît dépourvu de sens de parler de violence à l'encontre de la nature, celle-ci ne pouvant être considérée comme une personne (ni comme un objet d'ailleurs). Celle-ci est un être à part, analogiquement d'ailleurs au ciel qui est un être à part parmi les réalités sensibles.
Il ne reste donc que la nécessité d'une règle qui préviennent des comportements excessifs, ainsi jugés du point de vue de leurs effets (a posteriori). Cette règle se trouve chez H. Jonas :
« Agis de telle sorte que les conséquences de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur la Terre. »
L'expression "authentiquement humaine" étant entendue au sens d'une vie qui puisse consacrer l'essentiel de son énergie aux activités proprement humaines, c'est-à-dire à l'action et à l'œuvre, au sens que donne à ces mots Hannah Arendt dans La condition de l'homme moderne.

mardi, février 22, 2011

Impasse de l'écoféminisme ?

 L'écoféminisme c'est la thèse que le combat contre la domination tyrannisante de la nature et le combat contre la domination des femmes sont un même combat, car il s'agit dans les deux cas d'une même domination qui est qualifiée de masculine.
Le sexisme, c'est d'attribuer une valeur négative à un être humain, a priori, du fait de son sexe.
On connaît trop bien le si répandu et lourd sexisme contre les femmes.
Il faut être également lucide sur le sexisme contre les hommes.
Attribuer aux hommes la responsabilité des dommages à la planète, et plus globalement de la violence dans l'histoire, relève de ce dernier sexisme. Si bien que l'écoféminisme exprime assez régulièrement des jugements sexistes.
Tout le problème réside dans la facilité à faire l'amalgame entre la distinction de valeurs masculines/féminines, et le sexe des individus.
Il est vrai que l'adjectif "féminisé" pour les valeurs de solidarité, d'écoute, de réciprocité, de désintéressement, etc., est justifié par l'importance de leur expression dans le rôle maternel. Mais il faut remarquer que cela concerne aussi les valeurs paternelles, tant il est vrai que toute éducation, et de manière privilégiée celle concernant la prime enfance, relève du don.
Et que l'enfant ait besoin, pour grandir, de ces deux sources, cela est vrai. Mais c'est là qu'il faut récuser un dualisme de valeurs opposées.
Les valeurs de repli sur l'espace privé, comme celle de prise de risque dans le monde extérieur sont toutes nécessaires à la vie humaine, et d'ailleurs elles ne sont pas l'apanage de l'un ou l'autre sexe. Simplement, la femme-mère est d'abord en position de privilégier l'aménagement de l'espace privé sécurisé.
Ce qui importe ici c'est la nécessité du don qui concerne aussi bien l'homme que la femme.
Je propose de renoncer à ces déterminations sexualisantes - valeurs féminines/masculines - comme invitant trop aisément les esprits paresseux aux amalgames sexistes.
Car ce sont des valeurs présentes virtuellement chez tous, et plus ou moins favorisées par chacun.
Mais justement la manière ou non de les favoriser est déterminante pour le cours de l'histoire.
Et si l'on condamne le guerrier, pourquoi valoriser l'amazone ?
Et si l'on valorise le désintéressement, pourquoi dévaloriser le rôle de mère ?
L'important, c'est que soit reconnu le rôle du don dans le rapport de l'individu humain à son environnement et à ses congénères.
Nous vivons humainement par ce que l'environnement naturel nous donne, et par ce que nos parents et d'autres adultes nous ont donné.
Le véritable problème est alors l'impérialisme de la valeur d'échange qui élide le don.

lundi, février 21, 2011

Non aux ressources humaines !

Je les entends, les activistes du libéralisme : les "ressources humaines", c'est l'approche enfin rationalisée de la gestion des compétences de chacun.
Ah, ce rêve d'une société de gens qu'on déplace, insère, ou évacue, en fonction des besoins, qu'on intègre de façon transparente dans les courbes et les diagrammes produits par les tableurs de nos ordinateurs !
Fantasme de marchand passionné que celui d'un humain sans au-delà de sa valeur d'échange quantifiable. Fantasme de celui qui a oublié qu'il est né et qu'il a été lancé dans la vie grâce au don, parce que sa vie n'avait d'abord aucune valeur d'échange.
Légèreté de celui qui n'anticipe pas qu'à un moment ou à un autre il faudra bien qu'il attende le don d'autrui, alors que sa vie n'aura plus aucune valeur d'échange.
Grand pitié me font ces individus qui ont acquis un peu de pouvoir dans un champ social particulier et s'appliquent à détruire tout ce qui déborde la pure valeur d'échange quantifiable de l'activité des individus dont ils gèrent le travail. C'est eux-mêmes que le plus sûrement ils appauvrissent.
Qu'ils sachent que même dans l'échange marchand, il est nécessaire qu'il y ait du don.
La bonne transaction est celle en laquelle l'estime mutuelle, la confiance réciproque dans le contrat (que l'on n'a pas besoin de décliner à l'infini en écrit juridique anticipant toutes les défiances), président à la fixation du prix et à l'échange.
Qu'en une entreprise, où les "ressources humaines" ont trop bien réussi à supprimer la part de don dans les interactions entre individus, on se jette par les fenêtres pour sortir du cauchemar, cela est parfaitement prévisible.
C'est ce que je propose d'appeler la "francetélécomisation" d'une entreprise (ou de tout groupe social de travail).
La vie est humaine, c'est-à-dire essentiellement sociale, par le don
C'est par l'échange de dons que, fondamentalement, se construit et s'entretient une société.

Les ressources humaines, plus jamais ! Mais les relations humaines, toujours !

lundi, janvier 10, 2011

Intolérable intolérance ?

C'est une déclaration du shérif de Tucson, Arizona, suite à la fusillade dans laquelle une parlementaire démocrate, Gabrielle Giffords, a été grièvement blessée et qui a fait six morts samedi.
Ce qui est en cause est le climat d'intolérance, paraît-il particulièrement aigu dans cet État, entretenu par certaines forces très conservatrices.
Voilà ce qu'il dit, entendu dans le reportage du journal vespéral d'ARTE, hier soir  :
"Dans ce pays, l'intolérance a atteint un niveau intolérable !"
Aie ! Comment s'en sortir ?

Peut-être l'antidote est-elle ici :

samedi, janvier 08, 2011

Un devoir de s'indigner est-il possible ?

La réponse est non.
L'indignation est un sentiment. On n'est jamais responsable de ses sentiments. Le comble de l'impuissance ? La demande "Aime-moi !" Le sentiment, c'est le donné, comme la sensation. Le sentiment, c'est la part intérieure du donné ; comme la sensation en est la part extérieure. Il faut faire avec. Et là, on est libre !
On n'est jamais responsable de ses sentiments, donc ; mais on est toujours responsable de ce qu'on en fait.


Le succès de l'ouvrage de Stéphane Hessel – "Indignez-vous !" – est étonnant , parce qu'il se présente comme une injonction impossible : on ne peut décider de s'indigner. On ne peut s'indigner par choix.

Et, effectivement, le contenu du fascicule tient bien la promesse du titre. L'indignation est présentée comme "une des composantes essentielles qui fait l'humain" (p. 14).De cette position comme valeur humaine essentielle, l'auteur en déduit un devoir de s'indigner : la violation des droits "doit provoquer notre indignation" (p.20).
Or, peuvent être très dommageables ces indignations sur commande, car nécessairement elles impliquent des intentions non dites, lesquelles, forcément amèneront à des comportements qui n'auront rien à voir avec ceux impliqués par une réelle indignation. Imaginez que pour répondre à la demande "Aime-moi !" vous simuliez l'amour. Où iriez-vous sinon dans la direction d'une manipulation de l'autre ? À cent mille lieues du véritable amour !

Alors, dangereux, le fascicule de Stéphane Hessel si unanimement salué ? Ce serait un bien surprenant paradoxe !
La seule possibilité de sauver l'ouvrage serait de reconnaître l'existence d'un véritable sentiment d'indignation partagé.
Nous affirmons que c'est bien le cas. Mais alors pourquoi, y a-t-il, de fait, si peu d'indignation exprimée ? Pour deux raisons :
  • parce que toute l'organisation communicationnelle du pouvoir marchand en direction du peuple tend à l'en divertir – voir mon très ancien, mais bien confirmé, article sur le dérivertissement ;
  • parce que les opinions d'origine idéologique qui font valoir l'individualisme, les situations de bien-être, l'impuissance sinon l'infaisabilité de la révolte, amènent à la refouler.
 Nous sommes des indignés refoulés et divertis. D'où nous vient cette indignation ? De l'injustice. L'injustice vécue ou dont on est le témoin engendre nécessairement un sentiment d'indignation. L'"in-dignation", étymologiquement, et fondamentalement, c'est l'impossibilité d'accepter que soit bafouée la dignité humaine. Et l'on sait, depuis Kant, que personne de raisonnable n'est sauf de ce sentiment. Laissons, à ce propos, la parole à Proudhon (De la justice dans la révolution et dans l’Église, 1858) :
"L'homme, en vertu de la raison dont il est doué, a la faculté de sentir sa dignité dans la personne de son semblable comme dans sa propre personne, de s'affirmer tout à la fois comme individu et comme espèce.
La JUSTICE est le produit de cette faculté."
Ainsi Hessel se trompe dans sa manière de poser le problème du déficit d'esprit de résistance. Ce n'est pas par insuffisance d'indignation. En fait l'indignation est bien là, omniprésente, débordant même les divertissements et refoulements, à la mesure de l'omniprésence des situations d'injustice, à tel point qu'elle doit être incessamment calfeutrée par les antidépresseurs.
Ce qui fait problème, c'est ce qu'on en fait, ou plutôt ce qu'on refuse d'en faire : de la crier, de la partager, de la métamorphoser collectivement en projet social –comme les Résistants en 1944 !
Il faut interpréter le succès de l'ouvrage de Hessel parce qu'il touche juste si l'on comprend "Indignez-vous !"comme "Cessez de taire votre indignation !"
Et, au vrai, Hessel nous invite à faire spontanément ce glissement interprétatif, parce que son fascicule est un authentique cri d'indignation.
La raison du succès de "Indignez-vous !"de Stéphane Hessel ? Enfin il donne voix à un refoulé trop lourd à porter.