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dimanche, novembre 02, 2025

Comme on nous tient

 

 George Grosz, Metropolis, 1917
 

« Souvenez-vous de votre humanité. Oubliez le reste »
Manifeste Russell-Einstein du 18 avril 1955


 Il y a une bien intéressante incongruité dans la manière dont les économistes du marché parlent de nous, nous les potentiels acquéreurs de biens marchands :

–      Dans leurs discours appuyés sur la théorie économique nous sommes des êtres de besoins.

–      Quand ils s’adressent à nous dans leur communication publicitaire, ils s‘adressent à nos désirs.

La différence est aussi simple que radicale. En tant qu’êtres de besoins nous sommes dans la nécessité d’acquérir leur offre marchande. En tant qu’êtres de désirs, nous sommes dans la liberté d’acquérir ou non les biens désirés.

Ces économistes trouveraient à répondre sans problème à cette incrimination de double langage contradictoire.

Ils diraient que leur connaissance des comportements des acteurs du marché relève de la science – de la psychologie donc – laquelle produit les lois selon lesquelles sont déterminés les comportements, en particulier ceux des consommateurs. Ces lois leur permettent de prévoir ces comportements. Or, les comportements humains ne sont prévisibles que s’ils procèdent de besoins. Puisque le besoin est le sentiment impérieux de manque qui exige d’urgence le comportement qui satisfait. Ainsi un consommateur ayant des besoins doit nécessairement aller vers l’offre qui leur correspond.

Ce qui n’empêchera pas ces mêmes économistes de maintenir le présupposé de la liberté des acteurs du marché. Chacun est libre d’apporter une offre sur le marché, comme chacun est libre d’acheter un bien ici ou là, ou de ne pas l’acheter. Ce qui est la reconnaissance de la liberté de chacun quant à la satisfaction ou non de ses désirs. D’ailleurs, argumenteraient-ils, s’il y a une communication publicitaire aussi dense, c’est bien parce qu’il s’agit de susciter un désir par rapport auquel chacun choisit de donner suite ou non.

Selon une telle configuration économique, le pouvoir ne devrait-il pas être finalement du côté des consommateurs, c’est-à-dire de l’immense majorité de la population ? Les entrepreneurs proposent, les consommateurs disposent, et si ça ne leur plaît pas, l’entrepreneur se retrouve avec ses stocks invendus, et doit changer son offre ou renoncer. C’est le désir des populations qui devrait avoir le dernier mot sur l’évolution du marché.

Or, nous l’avons établi dans un article précédent –  Au-delà de la primauté de l’offre sur la demande – c’est l’offre globale qui mène désormais la danse des échanges marchands, et non la demande.

Si nous affirmons être en mercatocratie et non en démocratie, c’est pour deux raisons conjuguées :

–      Le marché (économique) s’est, comme le dit Polanyi (La Grande Transformation, 1944),« désencastré » de la société. C’est-à-dire qu’il n’est plus régulé par la pouvoir politique, et a fortiori par le peuple, mais s’autorégule.

–      L’organisation de la vie sociale est subordonnée aux choix d’offres des acteurs-entrepreneurs majeurs du marché, en particulier par l’incidence technique de ces choix – hier c’était le tout automobile, aujourd’hui c’est le tout numérique, demain sera-ce le tout IA ?

Si bien que la conciliation entre l’humain-besoin de la théorie économique, et l’humain-désir requis par la liberté du marché se fait au profit du premier.

Comment ? Par l’extension délibérée du domaine du besoin. C’est ainsi que les économistes du marché distinguent les besoins – primaires, secondaires, tertiaires, et au-delà – par ordre d’entrée en scène dans le psychisme de l’individu : il faut que les primaires soit satisfaits pour s’intéresser aux secondaires, etc. L’essentiel est que le maximum du spectre des inclinations humaines soit couvert afin d’enclaver au mieux les comportements d’achat dans des lois permettant de les prédire.

Qu’est-ce qui caractérise le besoin, outre sa nécessité ?  C’est son urgence ! Le besoin, c’est le sentiment que le manque ressenti soit comblé prioritairement comme condition de la continuation de sa vie. On peut désirer ou non se faire servir une boisson dans un verre givré avec une paille en terrasse, mais on a besoin de boire quand on a soif.

Disons le clairement, il n’y a de véritables besoins que ceux que les économistes appellent les « besoins primaires », ceux qui sont liés aux exigences de notre physiologie pour continuer à vivre – respirer, boire, manger, dormir, assurer sa sécurité contre les agressions extérieures, auxquels il faut ajouter le besoin proprement humain d’être respecté (être reconnu comme personne). Tous les autres prétendus « besoins », quel que soit leur rang sont des pseudo besoins car entièrement relatifs à une organisation de la société – besoins, d’une automobile, d’un smartphone, de prendre des vacances, etc. Mais c’est artificiellement que les acteurs de l’offre en font des besoins en accolant, par leur communication, à ces biens les caractères de nécessité et d’urgence.

Et toute la mystification du pouvoir de la mercatocratie concernant sa libéralité consiste en ceci : faire en sorte que le choix d’achat par désir ait les caractères objectifs de la satisfaction d’un besoin.

Cette mystification se fait par un secteur majeur, extrêmement dispendieux, on pourrait même dire boursouflé, de la communication publique, celui qu’on appelle familièrement « la com ». Sa tâche consiste à raccrocher au bien qu’elle promeut les caractères de nécessité et d’urgence qui sont propres à l’état de besoin. On peut identifier trois leviers principaux qu’on retrouve presque toujours dans la com :

–      L’intrusion émotionnelle. Il s’agit d’abord de rompre le courant de conscience autonome de l’individu. Pour cela on a toujours recours à l’image qui doit impressionner affectivement, et provoquer une réaction.

–      L’appui sur un imaginaire régressif. Les images sont choisies pour faire remonter à la conscience des émotions archaïques liées à la construction de son moi. Elles font ainsi résonner l’acuité des besoins (de douceur, d’amour, de reconnaissance, d’identité, etc.) de l’enfant encore en nous avec les frustrations subies dans la société présente.

–      L’accaparement de la conscience. La communication marchande n’est pas seulement irrespectueuse, lourde, elle assume d’être envahissante. Elle investit, sans vergogne pour son sans gêne, tous les interstices possibles des espaces publics, mais aussi privés depuis que des terminaux connectés s’introduisent jusque dans les chambres à coucher. Tout indique que la stratégie est d’empêcher, ou tout au moins de marginaliser, tout chemin de pensée personnelle.

Ne faut-il pas admettre le pari (gagnant ?) du pouvoir marchand de miser sur une lâcheté de ses cibles ? Il est en effet plus facile de renouer avec ses rêves infantiles dans son acte d’achat que d’assumer sa responsabilité citoyenne pour faire valoir son désir d’une société juste ! Mais il reste que la com, systématiquement et massivement, ne nous respecte pas. Il est dès lors beaucoup plus difficile de se respecter soi-même.

Peut-être faut-il en conclure que c’est pour cela qu’il faut dénoncer le pouvoir – l’« empire » ! – mercatocratique. Certes, cet empire est le premier qui n’est pas essentiellement fondé sur la domination par la force. Mais il est pourtant un pouvoir abusif, tyrannique, injuste, et ce qui le révèle, c’est qu’il procède comme tous les pouvoirs abusifs de l’histoire : il se nourrit du maintien de sa population en l’état de besoin.

Repensons au grand-père de notre grand-père qui, au XIXe siècle, après le renversement de la multiséculaire tyrannie des hiérarchies par le sang, pensait la possibilité d’une société juste en laquelle peut-être les petits-enfants de ses petits-enfants seraient enfin sortis de l’état de nécessiteux (le nécessiteux étant celui qui dépense sa vie à gagner ce dont il a besoin pour continuer à vivre). Hé bien non ! Notre aïeul rêvait « Quand je serai riche …! » Sommes-nous riches ? Nous sommes envahis de biens dont nous avions besoin, dont le bénéfice est relatif, et le plus souvent à très court terme, alors que des biens essentiels – air, eau, environnement naturel, relations de confiance, ont été abîmés. C'est en nous maintenant dans le besoin qu'on nous tient ! Comme celui dont on maintien la tête juste hors de l'eau pour qu'il soit content de juste continuer à respirer.

Ne sommes-nous pas plus que jamais des nécessiteux ?

mercredi, juin 27, 2018

Quand je serai riche !…


Le Nain, Le Repas de paysans - détail -1642

         N’oublions pas d’où nous venons ! N’oublions pas ceux qui nous ont fait être, et qui pensaient, au seuil de leur mort, à ce qui se poursuivrait sur terre après eux, à ce que serait la vie des enfants de leurs petits-enfants, et après.
Car eux – je pense aux ancêtres de l’immense majorité d’entre nous, nous qui disposons de l’électricité à demeure, de modes de déplacement motorisés, d’un ordinateur, de machines à laver, et de bien d’autres aides techniques qui nous permettent aisément de pourvoir aux nécessités de la vie – menaient une vie de nécessiteux.
Et nous sommes les rejetons, pas très lointains, de ces nécessiteux. Vivre une vie de nécessiteux c’est engager la quasi totalité de son énergie vitale à pourvoir aux nécessités de l’entretien de sa vie et de celle de ses proches en incapacité de le faire eux-mêmes.
Vivre est pour le nécessiteux d’abord une souffrance du corps, lequel est asservi au labeur physique qui non seulement l’installe dans la fatigue, mais le déforme par ses taches répétitives. Mais le nécessiteux vit essentiellement une souffrance morale : voyant sa vie happée par les activités vouées à son entretien, il se sait humainement amputé. Il sent que sa vie d’être humain lui échappe. Il rêve d’être libéré du joug de la nécessité pour vivre enfin humainement.
Et il rêve d’abondance – « Quand je serai riche !… », et ses yeux pétillent de la vision de la vie véritable, celle qui lui laisse le loisir de devenir ce qu’il est, c’est-à-dire autre qu’un laborieux sans fin – être enfin quelqu’un qui peut faire valoir ses qualités singulières qu’il a toujours dû mettre sous le boisseau.
Je nous en prie, ne méprisons pas ce rêve « Quand je serai riche !… », car il s’adressait aussi à nous. Notre arrière-grand-père ne se faisait pas beaucoup d’illusion sur la possibilité qu’il devienne riche. Mais il se disait que, peut-être, les enfants de ses petits-enfants – un peu de lui-même – pourraient connaître l’abondance. Que le sacrifice de sa vie humaine, avec ce qu’il aurait peut-être réussi à établir comme petit capital familial, y aurait contribué.
Or nous, humains de la civilisation occidentale, sommes riches ! Nous avons aujourd’hui cette abondance dont il avait rêvé.
Mais il semble que nous ne le sachions pas.
Tout indique que les humains de la modernité tardive des sociétés occidentales continuent à vivre comme des nécessiteux. Car n’est-ce pas la condition propre du nécessiteux que de voir sa vie absorbée par les activités de travail et de consommation ?
Qu’est-ce qu’une vie de travailleur-consommateur ? Une vie où l’on sacrifie le sens de son activité pour satisfaire ses besoins. Une vie donc en laquelle ce que l’on fait ne fait pas valoir ce que l’on est parce que cela doit prioritairement permettre d’acquérir les biens consommables dont on a besoin.
Juste ce dont nos aïeux rêvaient de se libérer quand ils pensaient « Quand je serai riche !… »
Mais cette libération reste indéfiniment en attente. Car nous avons toujours « besoin » d’un nouveau téléphone, d’une nouvelle voiture, etc. Et cela nous est nécessaire au point que nous sommes prêts à sacrifier la plus grande part de notre temps de vie active pour nous donner les moyens de satisfaire ces « besoins ».
Nous possédons beaucoup de biens. Nous pouvons être confrontés à un engorgement de biens matériels quasiment insoluble à gérer. Et pourtant nous ne nous considérons pas dans l’abondance. Nous ne nous pensons pas comme riches. Notre conscience reste polarisée sur ce qui nous manque. Nous avons toujours besoin d’autre chose.
Pour éclairer cette généralisation paradoxale du profil économique de travailleur-consommateur en société d’abondance, on peut soupçonner que les mots « riche » et « besoin » ont désormais dérivés assez loin de ce qu’ils signifiaient pour nos aïeux.
Être riche, dans notre société, c’est autant posséder que ceux que nous considérons comme riches, et cela s’évalue toujours numériquement en quantité d’argent. Or le riche c’est toujours celui qui possède plus que soi. Et il y a toujours quelqu’un plus riche que soi pour indiquer l’idéal de richesse. Donc on n’est jamais assez riche !
Mais le plus riche du monde, lui, est vraiment riche, objectera-t-on. Non pas ! Car être le plus riche n’est pas un état stable, c’est une conjoncture provisoire qui est menacée par les prétendants à être encore plus riche, et donc par le risque de devenir le pauvre d’un de ceux-là.
Nul n’est jamais assez riche dans le cadre de notre société moderne. Cela signifie que le désir d’être riche fonctionne comme une passion. Une passion est un désir envahissant et insistant parce qu’il se reconduit de sa satisfaction même, et donc qui n’apporte jamais le contentement. C’est pourquoi le passionné est amené à des comportements excessifs, et socialement nuisibles.
Or notre aïeul qui disait « Quand je serai riche !… » n’était pas mû par une passion d’enrichissement mais par le simple désir de pouvoir enfin vivre humainement. La richesse était pour lui l’accès à un état apaisé, stable, en lequel, la satisfaction des besoins nécessaires à l’entretien de la vie étant assurée, il aurait la disponibilité pour faire valoir ses qualités humaines propres.
Donc du côté contemporain, la richesse est une passion relative à autrui qui met dans une compétition sans fin pour la possession et l’étalage de biens, et qui implique le travail et la consommation.
Du côté du rêve populaire ancestral, la richesse est un état de libération de la servitude aux besoins d’entretien de la vie qui permet de vivre humainement.
On retrouve cette opposition au niveau ce qui est considéré comme un besoin. D’une manière générale le besoin est un sentiment qui porte l’exigence incontournable d’agir pour obtenir satisfaction. Le modèle du besoin est le besoin vital – boire, manger, dormir, se protéger des intempéries, etc. Et c’est bien de l’asservissement aux besoins vitaux dont voulaient se libérer – nous libérer – nos aïeux. Il ne faut pas oublier que la satisfaction des besoins était devenue une servitude ordinaire essentiellement du fait de phénomènes de pouvoir social, tels les diverses redevances dues au seigneur, au roi, et l’accaparement des terres par les nobles. C’est pourquoi la rationalisation du rêve « Quand je serai riche !… » passait souvent par l’organisation de mouvements collectifs de contestation sociale.
Mais en ce qui concerne la condition contemporaine de travailleur-consommateur, c’est la passion d’enrichissement qui se vit comme besoin. Quel est le besoin fondamental de ce profil humain ? Le besoin qui conditionne tous les autres ? C’est le besoin d’argent !
Or, l’argent ne nourrit pas, n’habille pas, ne satisfait en rien par lui-même. Il satisfait en ce qu’il permet d’acheter des biens. Or quels biens achète-t-on pour satisfaire ses besoins ?
Le besoin vital le plus régulier, le plus prégnant, est le besoin de se nourrir. Aujourd’hui on consacre de moins en mois d’argent à l’alimentation – 1/5 du budget actuellement alors que c’était 1/3 dans les années soixante. Or, sur ces 1/5 une part significative est gaspillée (1/9 de la nourriture produite est jetée non consommée par les ménages). Si l’on prend en compte ce que l’on utilise pour se loger (environ 1/5 d’un budget), on s’aperçoit que c’est une majorité des achats qui sont consacrés à satisfaire des « besoins » qui ne sont pas vitaux (cet aperçu général occulte les différences de revenus : la part consacrée à la nourriture et au logement est plus importante pour les revenus inférieurs, et la part de ceux qui ne peuvent pas se payer un logement – plus de 0,2% de la population française – n’est pas négligeable).
Ainsi l’argent de l’enrichissement de nos sociétés contemporaines est majoritairement consacré à satisfaire des besoins superfétatoires, qui manifestent de fausses nécessités – des nécessités non pas naturelles, mais culturelles, en ce qu’elles sont liées à l’organisation de la société pour la circulation des marchandises, laquelle capte à cet effet l’énergie des individus dans les activités complémentaires de travailleurs et de consommateurs.
Ce qui est confirmé par l’orientation de l’opinion commune concernant la hiérarchie des biens. Celle-ci porte un intérêt assez marginal aux risques ou dommages sanitaires liés à la qualité de l’air ou de l’eau, vecteurs des diverses pollutions industrielles, et causes d’une part importante, mais qu’on n’a même pas la volonté d’élucider, de décès prématurés, en particulier par cancers, alors qu’elle exprime catégoriquement son besoin de biens superflus à l’entretien de la vie : « J’ai besoin d’un nouveau smartphone, d’un nouveau véhicule, de changer mon salon, … »
Or, comme nous l’avons montré dans notre Pourquoi l’homme épuise-t-il sa planète ? – chapitre 10 : La passion comme mode besogneux du désir – le mécanisme de la passion est de rabattre le désir dans la forme du besoin. Ce qui veut dire que ces faux besoins des humains de la modernité sont vécus comme de vraies nécessités parce qu’ils procèdent de passions. Ce sont les passions sociales que Kant résumait dans la trilogie cupidité, domination et gloire, et que notre société marchande condense dans la passion pour gagner plus d’argent.
Alors que c’étaient leurs simples besoins vitaux qui mettaient nos ancêtres dans la condition de nécessiteux, c’est essentiellement la compétition sociale pour l’argent qui fait que nos contemporains ont leur vie bridée comme s’ils étaient des nécessiteux.
* * *
Telle est la remarquable « performance » de la modernité pilotée par les intérêts marchands (ce qu’on a longtemps appelé « la bourgeoisie ») : maintenir le peuple dans l’état de nécessiteux, alors même qu’il l’immerge dans une abondance de biens.
« Performance » entre guillemets, car elle ne saurait être motif de fierté. Il a fallu la plus grande violence contre la vision humaine de la richesse par nos aïeux pour en arriver là – en France, la répression de la Commune au printemps 1871 en a été le point d’orgue.
Le résultat en est que nous sommes riches d’une manière juste inverse du rêve de nos aïeux. Ils voulaient enfin vivre humainement. Nous pataugeons plus que jamais dans la mare de l’animalité : n’est-ce pas le propre de l’animal d’avoir son horizon de vie borné par ses besoins ? Hannah Arendt remarquait ainsi que l’homme qui travaille « n'est, en effet, qu'une espèce, la plus haute si l'on veut, parmi les espèces animales qui peuplent la terre », mais pour laquelle encore « l'emploi du mot “ animal ” (…) est pleinement justifié. » (La condition de l'homme moderne, Agora – 1983, chap. III – Le travail)
Ceci a sa plus grave conséquence dans la démesure des humains de la modernité. La démesure est l’absence de capacité de limiter soi-même ses comportements conformément à ce que nous indique la raison.
Puisqu’on n’en a jamais fini de courir après l’enrichissement, on n’en a jamais fini de produire toujours plus de biens, d’inventer de nouveaux biens, de multiplier et d’accélérer les flux de marchandises, c’est-à-dire d’étendre le domaine du comportement humain dédié au travail et à la consommation. Ce qui amène à un degré d’exploitation de l’environnement naturel qui épuise la planète.
Au moment où se laissent entendre les premiers craquements annonçant de grands effondrements dans la biosphère en laquelle repose notre vie, il est bon de renouer avec le rêve que notre aïeul a jeté dans l’avenir à notre intention : « Quand je serai riche !… »