Pourquoi un Grec du IVème siècle (avant J. C.), lecteur de Platon, jetterait un regard blasé sur les mésaventures électorales de nos démocraties.
«
Du jamais vu, !… Cette élection ne ressemble à aucune autre !…Tout
peut arriver !… » Les commentateurs politiques s’étonnent des
rebondissements de la campagne pour l’élection présidentielle française
(non sans gourmandise pour tout ce bon grain à moudre), comme ils ont
eu du mal à se remettre de l’accession de Trump à la présidence des
États-Unis, ou du choix du Brexit par les Britanniques.
Qu’arrive-t-il aux grandes démocraties du monde moderne qui échappe
ainsi à l’analyse des spécialistes avertis des mœurs politiques ?
L’explication communément avancée est celle d’une coupure entre le vécu
de la masse de la population et les élites qui se pensent dépositaires
du bien commun. Les électeurs voudraient ainsi rappeler lesdites élites
« qui vivent dans un autre monde », par des choix électoraux jugés fort
peu rationnels, à la conscience de leur difficulté à vivre dans le
monde tel qu’il est et devient.
Cette explication doit être suspectée car elle semble trop commode.
Derrière l’acte de contrition à moindre frais – « On ne fait pas assez
attention à ce que vivent les gens » – l’essentiel est préservé :
chacun reste à sa place, et ce sont bien toujours les mêmes qui gardent
le monopole des bons choix politiques. N’y a-t-il pas là reconduction
d’une tonalité paternaliste des rapports sociaux (comme l’appel à un
nouveau despotisme éclairé) : les électeurs considérés comme des
enfants qui font des bêtises pour attirer l’attention de parents qui
les négligent ?
Mais, à bien examiner la situation politique la coupure entre les
milieux populaires et les élites n’est pas si évidente. Si l’on va
au-delà du critère de la répartition des biens (qui est effectivement
brutalement inégale), il apparaît que la population n’est pas si
passive que cela et que les élites sont largement dépourvues de sagesse
politique.
Il y a une importante expression politique populaire sur le Web, et
d’ailleurs pas uniquement sur les réseaux sociaux de masse. Il y a un
constant retour de la population concernant les expressions des
candidats dans l’actuelle campagne électorale – se rendre ou non à un
meeting, réagir à une proposition sur Internet, etc… et même produire
des bruits de casseroles.
Il y a surtout d’innombrables initiatives locales, proprement
politiques, de citoyens qui ne se contentent pas d’attendre la
prochaine possibilité de voter, mais s’occupent dès à présent de
s’organiser de façon à créer un peu plus de bien commun.
Quant à la lucidité politique actuelle des élites, le principal parti
de droite vient de nous laisser voir, à propos des rebondissements
concernant la situation juridique de leur candidat, des responsables
politiques changeant publiquement deux fois de position pour ou contre
sa candidature en moins de 48 heures. Pour ce qui est de la gauche, tout indique que, pour des questions d’intérêts particuliers contingents, l’
on écarte délibérément la possibilité de se mettre d’accord pour appliquer un programme qui aurait pourtant toutes chances d’avoir un soutien populaire majoritaire.
Ne faut-il pas admettre que le vent mauvais qui souffle sur notre
système politique ne relève pas seulement d’un égoïsme mal contenu des
élites, mais, plus profondément de la manière dont on agit
politiquement en général ? Comme si, dans la culture politique
elle-même, dans la manière dont chacun assume sa citoyenneté, quelque
chose s’était dégradé ?
* * *
L’État français est formellement une
République démocratique.
Il est une
république en tant qu’il est organisé selon le principe de
la priorité donnée à la « chose publique » (
res publica), soit faire
prévaloir le Bien public sur l’intérêt particulier (c’est le legs de
nos ancêtres qui ont rejeté la monarchie héréditaire appuyée sur les
intérêts nobiliaires et cléricaux).
Notre république est
démocratique parce que la légitimité du pouvoir
politique repose sur le choix de l’ensemble des citoyens.
On peut affirmer que la République démocratique est
le meilleur type
d’État concevable. D’abord parce que c’est l’État républicain qui prend
le plus clairement en charge le but essentiel de toute vie sociale :
réaliser du bien commun. Ensuite parce la démocratie permet à chaque
citoyen de faire valoir le meilleur de sa liberté proprement humaine :
l’action politique c’est-à-dire le fait de s’impliquer dans la
définition du Bien et du Juste dans la société et de la meilleure
manière de s’en approcher.
Or le libéralisme économique débridé – non aux freins à
l’enrichissement particulier liés aux exigences du bien commun – qui
s’est imposé depuis les années quatre-vingt a fait prévaloir un
individualisme hédoniste pour lequel le Bien est essentiellement
individuel et se formule comme « réussir sa vie », cela consistant dans
l’accumulation maximale de sensations positives.
Cette idée du Bien n’a absolument rien à voir avec le Bien public :
elle n’a pas été débattue ! Elle s’est développé souterrainement, à
coup de propagande s’adressant aux désirs individuels, grâce à des
médias bénéficiant de nouveaux moyens techniques les rendant toujours
plus intrusifs. Elle a impacté les individus d’abord au niveau des
imaginaires sociaux (fascination pour les signes de richesse, rétivité
aux règles collectives contraignantes, etc.) alors même que subsistait
(et subsiste encore) dans l’espace public le discours sur le Bien
public hérité des luttes de nos ancêtres (dont la plus récente, celle
de la libération du nazisme concrétisée par le programme du Conseil
National de la Résistance) par lequel se justifient nos institutions
politiques.
C’est pourquoi on peut rapporter l’état dégradé du champ politique à
une lutte entre la culture contemporaine du bonheur individuel et
l’esprit de nos institutions. C’est ce qu’illustre de manière limpide
les affaires Fillon et Le Pen mettant en scène le problème de la
compatibilité de candidatures à la fonction publique suprême avec le
fait d’être l’objet de poursuites judiciaires. Si nous étions situés
hors de cet individualisme échevelé (par exemple il y a 30 ans), il n’y
aurait eu aucun problème. L’incompatibilité aurait été évidente !
Nous sommes comme dans un épisode de rupture d’une « tectonique des
plaques » culturelles – la plaque culturelle de l’individualisme
marchand s’enfonçant sous la plaque culturelle républicaine. Cette
allégorie permet de comprendre combien les mouvements culturels dont le
champ politique est aujourd’hui affecté sont profonds.
La bonne manière de les évaluer est peut-être de revenir aux
mésaventures de la démocratie athénienne – il y a 25 siècles – dont
Platon s’est fait l’écho en mettant en scène le combat de Socrate
contre les Sophistes.
À la fin du Vème siècle avant J.-C. les
Sophistes avaient acquis un
rôle politique considérable à Athènes. Ils s’affirmaient en effet
spécialistes de la rhétorique, entendue alors comme l’art de bien
parler de façon à emporter l’adhésion populaire, tout particulièrement
dans les assemblées constitutives de la démocratie athénienne.
Comme nos contemporains promoteurs du bonheur par la consommation, les
Sophistes étaient
sensualistes : ils faisaient de la sensibilité le
critère ultime du bien et du mal.
Ils assumaient la conséquence logique de ce sensualisme comme
l’explique Protagoras, le principal fondateur de la sophistique, «
chacun de nous est la mesure de ce qui est et de ce qui n'est pas, mais
qu’un homme diffère infiniment d'un autre précisément en ce que les
choses sont et paraissent autres à celui-ci, et autres à celui-là »
(cité par Platon,
Théétète). Autrement dit, il n’y a pas de monde
commun. Chacun vit dans son propre monde et il n’y a que des opinions
relatives à chacun.
Il n’y a pas de vérité universelle. Or cette thèse
est redoutable car, comme Platon l’a montré dans le dialogue cité
ci-dessus, elle est contradictoire et destructrice de la valeur même du
langage. On examine cette conséquence et ses implications sociales dans
notre essai «
Misère de l’homme mesure ». Or, cette thèse est de plus
en plus communément reprise de nos jours, et explicitement assumée par
des leaders d’opinion qui inventent pour cela les notions de «
post-vérité » ou de «
faits alternatifs ».
Examinons simplement la conséquence politique.
L’être humain est un «
animal politique » disait Aristote, c’est-à-dire
fait pour vivre en société. Cela implique que les hommes parviennent à
un minimum d’accord sur la manière de vivre ensemble. Qu’arrive-t-il
si, dans ce débat nécessaire, il n’y a plus la référence à la vérité ?
Le Sophiste (Protagoras) répond : «
Il y a des opinions meilleures que
les autres mais non pas plus vraies »; et la sagesse du Sophiste (le
grec
sophia = sagesse) consiste à «
changer la face des objets, les
faisant apparaître et être bons à celui à qui ils apparaissaient et
étaient mauvais » (cité dans
Théétète)
Mais n’est-ce pas là, on ne peut plus clairement définie il y a 25
siècles, la fonction exacte que s’assignent les
communicants qui
proposent de nos jours leur service aux leaders politiques ? Ils
prétendent, par exemple, nous faire juger des individus poursuivis pour
détournement de fonds publics comme des personnalités désirables pour
occuper la magistrature suprême de l’État. Au fond, ils sont les
nouveaux Sophistes de notre époque.
Car il y a un sophisme – au sens littéral du terme : une tromperie sur
le raisonnement – dans la substitution du « meilleur » au « bon ». Le «
bon » apparaît problématique parce que toujours partagé entre opinions
discordantes ; le « meilleur », par contre, apparaît beaucoup moins
ambitieux, plus concret, aisément à notre portée. Mais il n’y a de
meilleur que si l’on possède préalablement une idée de ce qui est bon
ou bien. Or cette idée du bien doit s’imposer à la fois au Sophiste et
aux individus qui composent son public puisque le premier veut
l’apporter aux autres. Elle doit donc avoir une valeur objective. Il
faut donc que ce bien soit établi par un discours vrai. Or, il ne
saurait y avoir de discours vrai sur le bien pour le Sophiste. Donc le
meilleur auquel il veut faire adhérer autrui ne peut être que le
meilleur selon son opinion. Et l’opinion de chacun – c’est la thèse
initiale des Sophistes – dépend de sa sensibilité, en particulier de
ses désirs.
Donc l’enseignement du Sophiste, en promouvant une apparence meilleure
des choses, ne fait qu’enrôler la conscience d’autrui dans une vision
du monde conforme à ses désirs, au service de ses désirs. La
sophistique, c’est l’instrumentalisation d’autrui au profit de ceux qui
ont une certaine mainmise sur la parole et, plus largement, sur les
moyens de communication.
Ne serions-nous pas, aujourd’hui, dans un monde profondément «
sophistiqué » ? Platon a pris soin de nous éclairer crûment sur ce «
bien » éminemment égocentré qui sous-tend la « sagesse » des Sophistes
en faisant ainsi parler l’un d’eux, Calliclès (dans
Gorgias) : «
… pour
bien vivre, il faut entretenir en soi-même les plus fortes passions au
lieu de les réprimer, et qu'à ces passions, quelque fortes qu'elles
soient, il faut se mettre en état de donner satisfaction par son
courage et son intelligence, en leur prodiguant tout ce qu'elles
désirent. » ? Un tel discours n’est-il pas éclairant pour comprendre
bon nombre d’« affaires » impliquant notre personnel politique ?
Il faut noter en particulier l’usage ci-dessus du mot «
passion » qui
signifie chez les Grecs un désir excessif qui, parce qu’il trouble
l’harmonie de la nature, ne peut qu’apporter du malheur. En ce sens, le
« passionné » subordonnant tout à sa passion, adopte des comportements
déraisonnables. Ainsi, dans sa course à la Présidence, le passionné de
pouvoir invoquera le Bien commun simplement comme moyen rhétorique pour
accroître sa popularité ; alors qu’une candidature raisonnable à la
Présidence procéderait d’une personnalité jugée la mieux à même de
présider à la mise en œuvre d’un Bien commun défini collectivement. Le
politique passionné de pouvoir se repère aisément : il est capable
d’utiliser tous les moyens pour poursuivre son but – nuire à ses amis
politiques, vilipender l’institution judiciaire qui demande des comptes
de ses comportements litigieux, renier sa parole antérieure, dresser
une partie de la population contre une autre, etc. Le résultat ne peut
en être en effet que du malheur commun – soit l’opposé du Bien commun.
On peut penser qu’une motivation essentielle de la vocation
philosophique de Platon a été la prise de conscience du malheur collectif
dont est porteuse l’idéologie sophistique, et que cette prise de
conscience s’est opérée précisément en 399 avant J.-C. lorsque la
démocratie grecque, sous l’emprise des Sophistes, a condamné à mort et
exécuté Socrate, «
l’homme le plus juste de son époque » (Platon).
En vérité, l’œuvre de Platon et son héritage – non seulement ses
successeurs à l’Académie, mais aussi Aristote et l’aristotélisme
[1] – ont
durablement mis un coup d’arrêt au pouvoir des Sophistes et à la vision
du monde étriquée sur laquelle ils s’appuyaient. C’est seulement depuis ces dernières décennies que la doctrine sophistique a retrouvé une
certaine faveur intellectuelle.
Tout comme la sophistique comme pratique du pouvoir a gagné dernièrement une nouvelle emprise sur la vie sociale. Nous
savons que c’est la
rhétorique – l’art de persuader – qui était le
moyen de cette emprise chez les grecs. Contrairement à l’art de
convaincre qui s’appuie sur la raison d’autrui, l’art de persuader
actionne essentiellement des leviers émotionnels. Dans l’Antiquité, la
rhétorique s’exerçait essentiellement par le langage et dans les
endroits publics réservés à cet effet. Aujourd’hui, grâce aux moyens
techniques disponibles, le message rhétorique peut atteindre une grande
partie de la population – celle qui possède une terminal Internet
portable – toujours et partout. D’autre part, du fait de la facilité de
sa reproduction technique, l’image (animée ou non) est devenue le type
de contenu prédominant utilisé par la rhétorique. Or, l’image – et
surtout si elle est animée – a un impact émotionnel autrement plus
direct et intense que le discours. Tout simplement parce que l’image
court-circuite le langage, lequel active ces mêmes domaines cérébraux
qui sont le siège de la pensée humaine (qui est la capacité de toujours
pouvoir prendre du recul).
La nouvelle sophistique, finalement celle du pouvoir marchand et des
ses affidés politiques , bénéficie donc d’une nouvelle rhétorique donc
l’impact, à la fois en extension et en intension, est prodigieusement
démultiplié par rapport à la rhétorique des Anciens.
En notre République démocratique, nous sommes des citoyens libres
certes, mais, si nous n’y prenons garde, sans cesse sollicités à réagir
à des provocations émotionnelles. On pourrait décliner les diverses
émotions plus volontiers provoquées par la rhétorique contemporaine
selon les comportements réactionnels que l’on veut obtenir. Ce serait
un sujet d’étude de psychologie sociale fort éclairant sur notre
condition collective présente. Mais, du point de vue de notre situation
politique, il convient de mettre prioritairement en évidence,
l’importance qu’a prise l’utilisation du levier émotionnel de la
peur.
Car il semble bien, pour des raisons liées à l’histoire de l’espèce
humaine
[2], que la peur soit l’émotion la plus efficace pour obtenir la
réaction de soumission à un pouvoir social. La peur est sans doute
l’émotion la plus régressive, c’est-à-dire celle qui nous tient le plus
éloignés de l’exigence de rationalité des comportements. C’est pourquoi
l’on voit les hommes politiques en difficulté (du fait de leurs
comportements moralement ou légalement contestables) actionner avec
ardeur ce levier rhétorique de la peur pour «
apparaître et être bons à
celui à qui ils apparaissaient et étaient mauvais ». Mais la peur ainsi
artificiellement induite a toujours des effets néfastes à long terme
sur la vie sociale. Car elle alimente des imaginaires de défiance
envers ceux qui diffèrent de soi, faisant de ces différences des
barrières, alors qu’une société s’épanouit lorsqu’elles deviennent des
motifs d’ouverture.
C’est pourquoi l’utilisation assez systématique de la rhétorique de la
peur par les dirigeants politiques français depuis une décennie a créé
le terreau en lequel s’épanouissent les thèses d’extrême-droite qui
toujours, finalement, visent à « purifier » la société de ses
différences – ce qui est le plus sûr moyen, nos ascendants l’avaient
appris, de tuer la vie sociale.
* * *
« Facilité » est sans doute le maître-mot qui a amené ce désordre que
nous constatons dans la politique institutionnelle.
La facilité est impliquée dans l’inféodation de l’organisation sociale
aux intérêts marchands. Tant de facilités ont été introduites dans la
vie quotidienne de chacun par les nouveaux produits mis sur le marché
ces dernières décennies !
Facilité aussi d’un certain pouvoir politique : ne suffit-il pas
d’avoir le verbe haut et de l’argent, et de payer (les bons
communicants, les bons organisateurs d’événements, et même souvent
payer (en faveurs) les bonnes personnes d’influence), pour voir
augmenter sa cote de popularité et avancer sur les marches du pouvoir ?
Facilité enfin de la réaction émotionnelle à la rhétorique du pouvoir :
il est si facile de réagir ! D’autant que cela nous maintient au chaud
dans l’unanimité d’un sous-groupe social de réaction sur la situation
particulière duquel le message rhétorique était conçu pour avoir prise.
Car dans la réaction émotionnelle on est toujours d’emblée d’accord.
Même si cet accord est fondé sur des identifiants fort confus (« les
honnêtes gens », « nos valeurs », etc.) ou sur des différences
caricaturées (« les étrangers », « les quartiers », etc.) Car,
effectivement, si on commence à en discuter l’unanimité s’évapore.
Il est si facile d’être dans la réaction. Mais on ne va nulle part !
Car on n’a pas un comportement libre mais déterminé parce qui nous fait
réagir. Ceux qui ont du pouvoir réagissent au diktat de leur passions
(être toujours plus riche, toujours plus dominer, être encore plus en
vue). Ceux qui leur sont soumis réagissent à leur rhétorique destinée à
entretenir cette soumission. Et ce type de comportement social – c’est
la leçon de Platon – amène à abandonner l’idée même de vérité
partageable par tous, tout en multipliant les ferments de violence.
Il faut écouter la petite voix intérieure qui nous avertit que toute
cette agitation réactive dans le monde politique institutionnel, pleine
de rebondissements, de vitupérations, de flatteries, d’emphase, de
promesses et de reniements, est largement vaine. Pourquoi ? Parce
qu’elle est
sans horizon d’avenir . La modalité temporelle du
comportement réactif, ce n’est pas l’avenir, c’est le passé immédiat.
En réalité la politique de la réaction n’est pas encore la politique,
elle n’en est que l’apparence – mais n’est-ce pas le propre du monde de
la sophistique de n’être qu’un jeu d’apparences (voir ci-dessus : «
changer la face des objets, les faisant apparaître et être bons… ») ?
La
véritable action est la construction d’un avenir commun vers une
société bonne. Et elle ne peut s’appuyer que sur les deux jambes de
notre humanité : l’existence d’un monde commun, c’est-à-dire d’une
vérité reconnaissable par tout homme, et la
liberté proprement humaine
de choisir ses fins. Ce n’est certes pas chose facile : on ne peut
progresser ensemble vers la vérité qui éclaire sur le Bien et le Juste
qu’en surmontant chacun les exigences de ses désirs et passions. Mais
là est la plus belle source de satisfaction humaine que nous pouvons
espérer.
Et notre part de confiance en la politique, c’est de savoir qu’ils sont
beaucoup plus nombreux que les médias ne le laissent soupçonner, les
citoyens qui s’occupent de créer, de là où ils sont, de l’avenir au
Bien commun.
[1] Par exemple Aristote se méfiait énormément de la passion de cupidité qui pouvait se répandre dans la société du fait d’une trop grande licence laissée à l’activité marchande. C’est pourquoi il préconisait un idéal d’autarcie économique et l’interdiction du prêt à intérêt.
[2] Nous les examinons dans notre livre Pourquoi l’homme épuise-t-il sa planète ? ALEAS, 2011.