Même pour le sujets passionnés, on peut être assez fin et lucide pour être capable de renverser son jugement selon la forme et le fond, n'est-ce pas ?
Essayons !
Sur le fond, la loi votée en 2007, même rectifiée par le Conseil Constitutionnel, et qui prescrit l'effectuation de tests ADN pour vérifier la légitimité des demandes d'immigration pour regroupement familial, est détestable. Elle est humiliante en ce qu'elle réduit une réalité culturelle – la famille –, à une réalité naturelle – des caractères génétiques. Et la négation de la dimension culturelle des comportements humains est toujours une insulte à la dignité de l'homme. Traiter la déclaration de liens familiaux par les tests ADN, c'est traiter des hommes comme des bestiaux.
Sur la forme, la déclaration du ministre Besson qu'il n'appliquera pas la loi votée parce que (je cite) "ma thèse c'est que nous n'en n'avons pas besoin" est scandaleuse. Tout simplement parce qu'il s'agit d'une loi votée, adoptée, par les représentants du peuple. Sa thèse n'a plus aucune pertinence. En tant que ministre il n'a qu'une chose à faire : rendre applicable la loi votée ; et si elle pose des problèmes techniques, soit il les résout au moyen des décrets d'application, soit il la renvoie au parlement pour que les députés votent une loi viable.
Ces deux faits – une loi indigne votée par les représentants du peuple et le comportement anti-républicain d'un ministre – bien que contradictoires concrètement, sont liés en profondeur en ce qu'ils expriment le même problème de notre démocratie.
C'est un problème pour la démocratie qu'une telle la loi soit votée, alors qu'elle est en contradiction avec les principes fondateurs de la République, par ailleurs présents dans sa Constitution, sans que le Conseil Constitutionnel la censure dans son principe, et que de surcroît elle provoque un fort mouvement de résistance dans l'opinion.
C'est un problème pour la démocratie qu'un ministre de la République croie si peu au caractère impératif des lois votées par le Parlement, qu'il en rejette une en s'appuyant tout bonnement sur son point de vue – "ma thèse c'est que ..." – se comportant comme si la démocratie était un leurre et qu'il ne faisait qu'opposer son choix à un autre choix particulier. Peut-on être ministre et à ce point désabusé que l'on puisse réduire l'État à un champ d'opposition de points de vue particuliers ?
Il y a effectivement un lien entre le vote d'une loi choquante du point de vue des valeurs fondamentales qui fondent le consensus social et la négligence des règles de la République par le ministre. Mieux, on peut créditer le ministre d'un comportement vertueux en ce qu'il fait barrage à l'application d'une loi scélérate. Mais dans l'histoire sont foulées au pied d'une part les valeurs les plus fondamentales de la société, d'autre part les règles essentielles du fonctionnement de la République.
Pour conclure ne peut-on pas considérer que cette opposition entre la forme et le fond d'une loi n'est possible que s'il n'y a pas démocratie effective ?
Comprendre les problèmes posés par les transformations du monde
contemporain.
"Une vie dépourvue de pensée n'a rien d'impossible ; elle ne réussit pas à développer sa propre essence, c'est tout... Les hommes qui ne pensent pas sont comme des somnambules." Hannah Arendt
Cf le site L'anti-somnambulique
mardi, septembre 15, 2009
samedi, février 21, 2009
Le sarkozysme ? Que du bonheur ... hélas !
«... il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur.» Alexis de Tocqueville
Crise, il y a. On nous le dit assez.
Mais ce que crie la crise, ce n'est pas tant l'insuffisance du pouvoir d'achat (qu'ils aimeraient qu'on ne se soucie que de notre pouvoir d'achat !), c'est le caractère intolérable de l'état d'injustice.
Je soutiens que les mouvements sociaux actuels sont d'abord des mouvements contre l'injustice. Et par suite contre le mépris dans lequel est tenue la revendication de justice.
Les gouvernants nous proposent du pain et des jeux – le bonheur quoi ! Nous voulons du pain et de la justice. .... Non ! De la justice et du pain, de la dignité et du pain.
Le sakorzysme : détourner de l'exigence de justice par le bonheur.
On est bien d'accord, le bonheur n'existe pas, et n'existera pas. Le bonheur, c'est d'abord un imaginaire qui nous délivre de la réalité insatisfaisante.
La politique de Sarkozy : faire signe à cet imaginaire pour désamorcer les situations de crise sociale. Si elle est sommée de tenir compte de l'exigence de justice, ce n'est que pour la renvoyer au calendes grecques. Et pour bien verrouiller ce renvoi, elle prend soin de monter une usine à gaz, certes impressionnante, mais qui ne fonctionnera certainement pas quand l'intérêt collectif aura pu être aiguillé ailleurs. Cf la procédure pour la redistribution des profits ou les états généraux pour les Antilles.
Donnons-leur juste ce qu'il faut – mais ce qu'il faut quand même – de signes de bonheur. Pour les récalcitrants, les accros de la revendication, renvoyons-les dans l'avenir, promettons. L'essentiel est qu'ils perdent le bénéfice de l'énergie populaire, parce qu'elle s'intéresse à ces signes de bonheur, à ses "cadeaux". Car en temps de crise on ne maîtrise plus la communication. Et ça, c'est le pire. Il faut tout faire pour retrouver la main. Alors on pourra gérer les promesses comme on sait si bien le faire, en lançant des fumigènes (maintenant les fumigènes ne marchent plus, le dernier – réforme du régime parental – a fait flop ; nous voici dans un temps où c'est Sarkozy qui courre après les problèmes posés par les autres) .
Mais, au présent, face à un état d'injustice intolérable, il faut éviter l'embrasement social, il faut jeter des miettes de bonheur : une prime par-ci, une exonération par-là. Tout cela se range dans la rubrique "cadeaux", n'est-ce pas ? Et les cadeaux font partie intégrante de l'imaginaire du bonheur. Mais les cadeaux, c'est tout le contraire de ce qui est requis par l'exigence de justice : une règle qui s'impose à tous, et de la même manière, telle une loi qui redistribuerait les revenus, ou une loi qui prémunirait contre tel circuit pompe-à-fric qui assèche les plus vulnérables (sur l'approvisionnement en énergie, sur le logement, par exemple).
Ne pas payer une tranche d'impôt, c'est certes du bonheur. Mais après ? Et bien ça continue comme avant !
Payer ses impôts, cela devrait être un acte de justice ... si l'impôt était juste.
Et si les cadeaux du prince, c'était aussi une expression de son mépris ? Le mépris que l'on porte à celui sur lequel on se donne un droit d'injustice ?
Et si la crise n'était qu'accessoirement une crise des revenus de financiers, si elle s'approfondissait en crise des valeurs : les craquelures d'un monde du bonheur sous l'exigence de justice ?
On va se confier cette hypothèse entre nous, et continuer à regarder bavasser sur le moment de sortie de crise ceux qui n'attendent que de pouvoir recommencer comme avant.
mardi, novembre 11, 2008
risque d'opinion
Nous sommes dans une société de sécurité.
Il faut savoir ce que cela veut dire.
Cela veut dire que notre gouvernement ne s'assigne pas de limites quand il s'agit de prévenir les risques qui pèsent sur les citoyens ... et que pour identifier un risque il ne lésine pas sur les deniers publics.
La preuve ?
Hé bien le Ministère de l'Éducation nationale lance un appel d'offre pour un marché consistant à veiller sur les médias de façon à prévenir un "risque opinion"
"Les informations signifiantes pertinentes sont celles qui préfigurent un débat, un « risque opinion » potentiel, une crise ou tout temps fort à venir dans lesquels les ministères se trouveraient impliqués. "
Oui, vous avez bien lu :
Reprenons les termes de la situation :
En 2008, donc, en France, pays revendiqué démocratique, premier énonciateur des Droits de l'homme, et se présentant à ce titre comme modèle, le Ministère de l'Éducation nationale, c'est-à-dire cet organe de l'État chargé d'organiser l'éducation du citoyen, engage l'argent public pour, entre autres «Décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation» [décrypter = identifier, dénoncer] pour «Alerter et préconiser en conséquence».
Il faut savoir ce que cela veut dire.
Cela veut dire que notre gouvernement ne s'assigne pas de limites quand il s'agit de prévenir les risques qui pèsent sur les citoyens ... et que pour identifier un risque il ne lésine pas sur les deniers publics.
La preuve ?
Hé bien le Ministère de l'Éducation nationale lance un appel d'offre pour un marché consistant à veiller sur les médias de façon à prévenir un "risque opinion"
"Les informations signifiantes pertinentes sont celles qui préfigurent un débat, un « risque opinion » potentiel, une crise ou tout temps fort à venir dans lesquels les ministères se trouveraient impliqués. "
Oui, vous avez bien lu :
Un débat devient "un risque opinion".
Rappelons : le débat appartient à l'essence de la démocratie.
Reprenons les termes de la situation :
En 2008, donc, en France, pays revendiqué démocratique, premier énonciateur des Droits de l'homme, et se présentant à ce titre comme modèle, le Ministère de l'Éducation nationale, c'est-à-dire cet organe de l'État chargé d'organiser l'éducation du citoyen, engage l'argent public pour, entre autres «Décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation» [décrypter = identifier, dénoncer] pour «Alerter et préconiser en conséquence».
- 1er enseignement: on peut faire l'hypothèse que le ministre se prépare à prendre des décisions qui vont faire débat, et qui pourraient ne pas supporter le débat. Mauvaises décisions alors ? Non ! On engage l'argent public pour supprimer le débat.
- 2ème enseignement: s'il y a un "risque opinion", contre lequel on est engagé dans une politique de prévention, voilà ce que cela veut dire:
- tous les lieux de débats deviennent des lieux à risque.
- des pans entiers de l'éducation nationale deviennent risqués : les cours de sciences sociales, d'histoire, de lettres deviennent tout particulièrement des lieux à risques ; il faut supprimer toutes affaires cessantes la philosophie.
- préparons-nous – c'est exactement le sens de la démarche – à ce que certains d'entre nous soient contactés par l'entreprise qui emportera le marché pour être rémunérés afin de rendre compte de ce qui se dit dans le milieu des profs. - 3ème enseignement: si lesdits citoyens ont élu des individus qui utilisent le pouvoir ainsi obtenu pour nier la démocratie, alors cela prouve que la démocratie n'existe pas.
La démocratie – le fondement du pouvoir d'État dans la volonté du peuple – est à conquérir.
Signé : Une des 60 millions de sources des débats !
jeudi, novembre 06, 2008
Obama – No drama
Qu'est-ce qu'un drame ?
C'est une séquence de vie où l'action est entrainée par les passions, et plus ou moins perdue pour le contrôle par la raison.
Hé bien : je me félicite de ce beau slogan : "Obama – No drama"
Pourquoi ?
Parce que c'est le meilleur slogan pour prendre la politique au sérieux !
Constatons ensemble l'envahissement de notre environnement par les expressions journalistiques dramatisantes.
Par exemple les bavassages sur le thème : "Le premier noir à la maison blanche ! "
Car cette mise en scène de l'élection d'un noir (ce qui est faux), cristallise les passions sur l'image d'une personne, déclenchant ainsi les fantasmes de chacun.
Le résultat : des obstacles émotionnels à ce qui pourrait permettre aux gens (au peuple !) de se réunir sur un projet politique – l'usage raisonné du langage sur la bonne manière de vivre ensemble.
"No drama", c'est-à-dire pas de dramatisation , pas de cet usage incessant du système images/passions par lequel le pouvoir, au moyen des média, accapare la disponibilité-à-l'écoute-des besoins-sociaux des cerveaux de chacun.
La vraie question qu'induit cette élection Obama serait donc :
Obama restera-t-il "no drama" avec, entre les mains, les instruments du pouvoir ?
C'est une séquence de vie où l'action est entrainée par les passions, et plus ou moins perdue pour le contrôle par la raison.
Hé bien : je me félicite de ce beau slogan : "Obama – No drama"
Pourquoi ?
Parce que c'est le meilleur slogan pour prendre la politique au sérieux !
Constatons ensemble l'envahissement de notre environnement par les expressions journalistiques dramatisantes.
Par exemple les bavassages sur le thème : "Le premier noir à la maison blanche ! "
Car cette mise en scène de l'élection d'un noir (ce qui est faux), cristallise les passions sur l'image d'une personne, déclenchant ainsi les fantasmes de chacun.
Le résultat : des obstacles émotionnels à ce qui pourrait permettre aux gens (au peuple !) de se réunir sur un projet politique – l'usage raisonné du langage sur la bonne manière de vivre ensemble.
"No drama", c'est-à-dire pas de dramatisation , pas de cet usage incessant du système images/passions par lequel le pouvoir, au moyen des média, accapare la disponibilité-à-l'écoute-des besoins-sociaux des cerveaux de chacun.
La vraie question qu'induit cette élection Obama serait donc :
Obama restera-t-il "no drama" avec, entre les mains, les instruments du pouvoir ?
dimanche, novembre 02, 2008
Le hochet Obama
La proposition que l'on entend partout dans les médias :
"Obama, premier président noir"
Qu'aujourd'hui, elle soit encore sur le mode hypothétique, qu'elle devienne catégorique dans deux jours, il n'empêche que la proposition est sans cesse déclinée jusqu'à en avoir la nausée.
D'abord, elle est contestable. Qu'est-ce qu'être noir ?
Couleur de peau ? Alors, c'est faux.
Ascendance d'esclaves ? C'est faux.
Avoir du sang venant d'Afrique ? C'est certain, mais alors qui peut assurer qu'il n'est pas noir, considérant tous les métissages de l'aventure humaine ?
Donc quel est le sens de cette insistance ?
L'important ne serait-il pas d'expliquer ce qu'Obama veut faire du pouvoir qu'il convoite ? Or, on nous en dit si peu ! On s'y intéresse si peu !
Peut-être l'adjectif "noir" à accoler au nom d'Obama prend-il une telle valeur parce qu'il satisfait des passions convergentes :
Définitions :
"Obama, premier président noir"
Qu'aujourd'hui, elle soit encore sur le mode hypothétique, qu'elle devienne catégorique dans deux jours, il n'empêche que la proposition est sans cesse déclinée jusqu'à en avoir la nausée.
D'abord, elle est contestable. Qu'est-ce qu'être noir ?
Couleur de peau ? Alors, c'est faux.
Ascendance d'esclaves ? C'est faux.
Avoir du sang venant d'Afrique ? C'est certain, mais alors qui peut assurer qu'il n'est pas noir, considérant tous les métissages de l'aventure humaine ?
Donc quel est le sens de cette insistance ?
L'important ne serait-il pas d'expliquer ce qu'Obama veut faire du pouvoir qu'il convoite ? Or, on nous en dit si peu ! On s'y intéresse si peu !
Peut-être l'adjectif "noir" à accoler au nom d'Obama prend-il une telle valeur parce qu'il satisfait des passions convergentes :
- Passion de ressentiment de tous les laissés-pour-compte de la brutalité du monde technico-économique contemporain qui semble effectivement promu par des humains à peau claire. Qui dit ressentiment dit désir de rabaissement de qui réussit mieux que soi. Dans cette perspective le pouvoir d'Obama vaudrait d'abord symboliquement comme le fait que le "blanc" soit sorti de la Maison "Blanche".
- Passion de pouvoir de ceux qui sont aux manettes trop heureux de donner ce dérivatif à un peuple destiné à être victime prioritaire de la crise, en ayant un peu conscience, et devenant de plus en plus grondeur. Donc le discours "Obama, premier président noir" s'expliciterait ainsi : "Voyez braves gens, vous avez votre revanche, c'est un noir qui est l'homme le plus puissant de la Terre. Vous avez en quelque sorte gagné. Alors rentrez chez vous ! Bavez devant les récits arrangés et anecdotiques de sa présidence que nous allons vous servir en abondance ! Et fermez-là !"
Définitions :
- sentiment d'injustice : sentiment que la société n'est pas organisée dans le sens de la reconnaissance d'une égale dignité de tous ses membres. Il est une exigence de dignité pour tous.
- ressentiment : sentiment qui pousse à vouloir réduire le pouvoir du dominant faute de pouvoir affirmer le sien.
- au niveau de l'action je n'ai pas trop d'éléments pour savoir ce que cela sera,
- au niveau de la communication, il semble bien que ce soit déjà le hochet balancé au peuple pour qu'il le secoue tant et plus afin qu'il oublie sa revendication de justice à l'intérieur de la société en laquelle il vit ... à condition qu'Obama soit noir.
samedi, octobre 25, 2008
Le blues du responsable de l'avenir de l'humanité.
Ne trouvez-vous pas que c'est un peu lourd tout ça ?
Je veux dire ces phrases édifiantes qui sont balancées sans arrêt en accompagnement des diverses expressions de la prise de conscience de la crise écologique.
"Ne jette pas ton plastique, pense à l'avenir de la planète",
"Tu ne devrais pas utiliser ces piles, ça pollue, pense à l'avenir de l'humanité",
etc.
Mais, saperlipopette, c'est bien la première fois dans l'histoire qu'on enjoint à quiconque d'être "responsable de l'avenir de l'humanité" !
Comme maximisation de la responsabilité on ne peut pas faire mieux !
Ne trouvez-vous pas que ça fait un peu beaucoup pour un apprentissage de la responsabilité quand il s'agit des jeunes générations ?
Grands dieux, ils n'ont pas choisi d'arriver dans un monde où on leur propose toutes ces saloperies.
Être responsable c'est être en capacité de répondre des conséquences ses choix. Être responsable de l'humanité c'est être en capacité de répondre des conséquences pour l'humanité de ses choix.
N'y a-t-il pas une certaine disproportion entre le choix d'un emballage non biodégradable et la conséquence dont on serait censé répondre ?
D'autant plus que c'est un choix qui est souvent assez théorique, puisque l'on met le plus souvent les gens en conditions aussi bien matérielles que psychologiques, d'être induits à faire ces choix.
Par contre ceux qui font les choix qui ont une réelle conséquence pour l'avenir de l'humanité, n'ont pas du tout l'air chargés de cette responsabilité – choisir le camion contre le rail dans les années 70 – ou, à la même époque, l'hyper-commerce contre le commerce de proximité.
Ceux qui ont vraiment le choix parce qu'ils ont le pouvoir, et que ce pouvoir a un impact social et écologique sensible à un niveau global, pourquoi ne parlent-ils pas de leurs responsabilités concernant l'avenir de l'humanité ?
L'inégalité irait-elle jusque-là ? Inégalité face à la loi, certes, nous en découvrons l'ampleur aujourd'hui où l'on s'intéresse aux paradis fiscaux ; mais inégalité dans le sentiment de responsabilité aussi,
ce qui est bien plus grave pour le devenir collectif.
Je veux dire ces phrases édifiantes qui sont balancées sans arrêt en accompagnement des diverses expressions de la prise de conscience de la crise écologique.
"Ne jette pas ton plastique, pense à l'avenir de la planète",
"Tu ne devrais pas utiliser ces piles, ça pollue, pense à l'avenir de l'humanité",
etc.
Mais, saperlipopette, c'est bien la première fois dans l'histoire qu'on enjoint à quiconque d'être "responsable de l'avenir de l'humanité" !
Comme maximisation de la responsabilité on ne peut pas faire mieux !
Ne trouvez-vous pas que ça fait un peu beaucoup pour un apprentissage de la responsabilité quand il s'agit des jeunes générations ?
Grands dieux, ils n'ont pas choisi d'arriver dans un monde où on leur propose toutes ces saloperies.
Être responsable c'est être en capacité de répondre des conséquences ses choix. Être responsable de l'humanité c'est être en capacité de répondre des conséquences pour l'humanité de ses choix.
N'y a-t-il pas une certaine disproportion entre le choix d'un emballage non biodégradable et la conséquence dont on serait censé répondre ?
D'autant plus que c'est un choix qui est souvent assez théorique, puisque l'on met le plus souvent les gens en conditions aussi bien matérielles que psychologiques, d'être induits à faire ces choix.
Par contre ceux qui font les choix qui ont une réelle conséquence pour l'avenir de l'humanité, n'ont pas du tout l'air chargés de cette responsabilité – choisir le camion contre le rail dans les années 70 – ou, à la même époque, l'hyper-commerce contre le commerce de proximité.
Ceux qui ont vraiment le choix parce qu'ils ont le pouvoir, et que ce pouvoir a un impact social et écologique sensible à un niveau global, pourquoi ne parlent-ils pas de leurs responsabilités concernant l'avenir de l'humanité ?
L'inégalité irait-elle jusque-là ? Inégalité face à la loi, certes, nous en découvrons l'ampleur aujourd'hui où l'on s'intéresse aux paradis fiscaux ; mais inégalité dans le sentiment de responsabilité aussi,
ce qui est bien plus grave pour le devenir collectif.
dimanche, octobre 19, 2008
Accident collatéral de la Crise : La logique des caisses-qui-sont-vides heurtée de plein fouet par la logique des produits-dérivés
On n'en revient pas. On est perplexe. Une crise financière qui peut se résoudre en sortant des milliards d'euros, de dollars ? D'où ? D'un chapeau ?...
On est devant un spectacle de magie, yeux rond, bouche bée, interloqués par la force des questions qui se pressent : mais comment vous faîtes ? D'où ça vient ? Qui paie ? Tout cet argent, c'est bien pour notre intérêt ?
On nous répond ... enfin un peu : argent virtuel, ... enfin ... prêté, ... avec des intérêts, ... seulement si nécessaire, ...sera emprunté, ... jeu d'écriture, ... l'État y gagnera, etc.
Eh bien, je suis, nous sommes, nous, l'immense club des interloqués. Ceux qui avaient appris à penser l'économique d'après la paradigme du "contenant-vide-ou-plein". C'est en effet le discours de solide bon sens que l'on a toujours reçu des gestionnaires de l'argent public – ou de nos salaires – lorsque nous nous posions un problème économique : « les caisses sont vides !»(et oui, la thèse opposée, logiquement possible, est rare) . Et nous pensions bêtement que pour posséder une richesse, il fallait qu'elle existe au préalable quelque part.
Et non, nous sommes des imbéciles. On nous servait le discours pour imbéciles. La réalité des finances est bien plus subtile : pas besoin qu'une richesse existe pour l'imputer au crédit d'un bilan.
L'économie capitaliste s'est développée en créant du symbole de possession de richesse (de la monnaie) sur la richesse à venir attendue : voir l'argent-dette.
Et ces fameux produits financiers dérivés, si mystérieux, ne sont que le produit de cette virtualisation de la richesse à un niveau supérieur : voir mon post du 22/09 ci-dessous :Titrisation médiatique.
Vous l'avez compris : nous étions complètement en dehors du coup. Dans les discours sur le rempli ou non des caisses, le caractère virtuel, et même virtuel-puissance-x, de la richesse, nous avait échappé. Nous croyions bêtement que la monnaie n'était que le symbole d'une richesse existante. Et bêtement nous revendiquions : « non, les caisses ne sont pas vides !» comme si c'était un problème. On a dû bien les faire rigoler.
Eux – nous. Il y a peut-être bien deux classes sociales – et il faudrait s'en retourner vers le vieux Marx – dont les deux langages économiques seraient la ligne de démarcation. Le langage de subtilité de ceux qui savent que toute richesse fiduciaire est crédit, et le langage simpliste qui pense que la richesse est dans les biens utilisables dont la monnaie n'est que le symbole.
Il resterait à décrire (Marx encore, mais la théorie de la plus-value ne sera-t-elle pas trop limitée ?) le tour de passe-passe par lequel le premier groupe siphonne la richesse (non virtuelle) produite par l'autre.
Il reste que la crise des représentations de l'économie est réelle pour l'immense majorité. Et, n'est-ce pas, la perplexité et l'étonnement sont toujours salutaires : ils amènent à réfléchir.
Platon : « C'est la vraie marque d'un philosophe que l'étonnement que tu éprouves »
Parle-moi fric, je te dirai d'où tu es.
On est devant un spectacle de magie, yeux rond, bouche bée, interloqués par la force des questions qui se pressent : mais comment vous faîtes ? D'où ça vient ? Qui paie ? Tout cet argent, c'est bien pour notre intérêt ?
On nous répond ... enfin un peu : argent virtuel, ... enfin ... prêté, ... avec des intérêts, ... seulement si nécessaire, ...sera emprunté, ... jeu d'écriture, ... l'État y gagnera, etc.
Eh bien, je suis, nous sommes, nous, l'immense club des interloqués. Ceux qui avaient appris à penser l'économique d'après la paradigme du "contenant-vide-ou-plein". C'est en effet le discours de solide bon sens que l'on a toujours reçu des gestionnaires de l'argent public – ou de nos salaires – lorsque nous nous posions un problème économique : « les caisses sont vides !»(et oui, la thèse opposée, logiquement possible, est rare) . Et nous pensions bêtement que pour posséder une richesse, il fallait qu'elle existe au préalable quelque part.
Et non, nous sommes des imbéciles. On nous servait le discours pour imbéciles. La réalité des finances est bien plus subtile : pas besoin qu'une richesse existe pour l'imputer au crédit d'un bilan.
L'économie capitaliste s'est développée en créant du symbole de possession de richesse (de la monnaie) sur la richesse à venir attendue : voir l'argent-dette.
Et ces fameux produits financiers dérivés, si mystérieux, ne sont que le produit de cette virtualisation de la richesse à un niveau supérieur : voir mon post du 22/09 ci-dessous :Titrisation médiatique.
Vous l'avez compris : nous étions complètement en dehors du coup. Dans les discours sur le rempli ou non des caisses, le caractère virtuel, et même virtuel-puissance-x, de la richesse, nous avait échappé. Nous croyions bêtement que la monnaie n'était que le symbole d'une richesse existante. Et bêtement nous revendiquions : « non, les caisses ne sont pas vides !» comme si c'était un problème. On a dû bien les faire rigoler.
Eux – nous. Il y a peut-être bien deux classes sociales – et il faudrait s'en retourner vers le vieux Marx – dont les deux langages économiques seraient la ligne de démarcation. Le langage de subtilité de ceux qui savent que toute richesse fiduciaire est crédit, et le langage simpliste qui pense que la richesse est dans les biens utilisables dont la monnaie n'est que le symbole.
Il resterait à décrire (Marx encore, mais la théorie de la plus-value ne sera-t-elle pas trop limitée ?) le tour de passe-passe par lequel le premier groupe siphonne la richesse (non virtuelle) produite par l'autre.
Il reste que la crise des représentations de l'économie est réelle pour l'immense majorité. Et, n'est-ce pas, la perplexité et l'étonnement sont toujours salutaires : ils amènent à réfléchir.
Platon : « C'est la vraie marque d'un philosophe que l'étonnement que tu éprouves »
Parle-moi fric, je te dirai d'où tu es.
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