samedi, mai 14, 2011

Accumulation de radioactivité artificielle : Il faut arrêter. Tout de suite !

L'industrie nucléaire produit en grande quantité des matériaux radioactifs ; et ceci de manière inexorablement cumulative, car une grande partie de ces déchets ont une très longue durée de nocivité –  des centaines, voire des milliers d'années.

Ainsi le plutonium 239 (qu'il faudra confiner pendant 200 000 ans !) est sous-produit, par tonnes, dans les centrales nucléaires alors même qu'une simple poussière ingérée peut provoquer un cancer du poumon. Il s'agit ici du genre de produit qui, si l'on en rassemble plus de quelques kilos (5,3 kg semble-t-il), explose.

On entrepose on ne sait trop où, on ne sait trop comment, des tonnes de matériaux radioactifs (il y aurait plus de 60 tonnes de plutonium entreposées à La Hague dans le Cotentin). On sait qu'on les transporte à travers les zones habitées dans la plus grande opacité.

On cache la saleté sous le tapis.

Mais il s'agit ici de la pire saleté qui soit.

Car il faut bien comprendre que la radioactivité est littéralement inhumaine :
  •  elle échappe au contrôle humain en ce qu'elle le traverse sans que la sensation puisse jouer son rôle de filtre de ce qui est nocif pour l'organisme ;
  • supposons que l'État, dans un sursaut de transparence sanitaire, octroie à chacun un compteur Geiger pour remédier à cette impuissance naturelle : notre raison, dans son usage le plus basique – mettre de l'ordre dans les phénomènes en décelant des rapports de causalité – serait elle-même impuissante. Car il n'y a pas de relation de causalité assignable entre une irradiation et un dommage physiologique ;
  • mais au-delà de cette impuissance à la maîtrise consciente, elle trompe l'organisme lui-même, puisque les éléments contaminant peuvent être accueillis comme bénéfiques, et s'installer en lui durablement, l'irradiant de l'intérieur : l'isotope radioactif se fixe dans l'organisme en prenant la place de l'élément non radioactif (comme le strontium 90 à la place du calcium dans les os) ;
  • elle est inaccommodable à la temporalité humaine puisque la durabilité de sa nocivité dépasse tout horizon de projets humains.
J'ai montré dans Radioactivité & expérience humaine que les organismes vivants aérobies n'ont pu apparaître sur notre planète qu'au bout de 4 milliards d'années dans l'histoire de celle-ci –  hé oui ! le vivant a attendu environ 3 milliards d'années avant de sortir de l'eau. Pourquoi ? Parce que la radioactivité naturelle était trop importante pour être compatible avec la viabilité de tels organismes.
Il faut savoir qu'aux premiers âges de la Terre, la radioactivité naturelle était très intense, tout simplement parce que les éléments lourds et très radioactifs, produits par fusion dans les étoiles, étaient encore présents.
Progressivement, ces éléments ont été transmutés en éléments moins lourds en émettant de l'énergie sous forme de radioactivité. Si bien que la radioactivité a décru selon un progression géométrique : diminution de 1/2 par laps de temps égaux.

Aujourd'hui, il y a une radioactivité naturelle résiduelle qui est comme un bruit de fond dont l'homme ne s'aperçoit pas, mais auquel il est adapté.

D'autre part les organisme les plus évolués, ceux qui ont le code génétique le plus riche, sont les plus vulnérables à une sur-irradiation (telle que la délivre la radioactivité artificielle lors d'accidents nucléaires).

Le principal problème contemporain est tout simple :

En accumulant de la radioactivité artificielle, ne recrée-t-on pas la condition d'un environnement terrestre impropre à la vie humaine ?

N'oublions jamais, comme le montre Fukushima, que la radioactivité qui se libère finit par se diffuser partout (par exemple, lorsque l'on prétend décontaminer, il faut ensuite décontaminer les instruments de décontamination, etc.).

Il n'est en effet pas sérieux de prétendre garantir le confinement de tonnes déchets hautement radioactifs pendant des dizaines de milliers d'années !

Il faut arrêter. Tout de suite !

jeudi, avril 28, 2011

Le critère d'universalité à l'œuvre

Nous disons, à la suite d'Hannah Arendt, que la vie active de l'homme moderne est caractérisée par l'envahissement du travail-consommation. Celui-ci, commandé non seulement par l'entretien de la vie, mais aussi par une motivation passionnelle, implique prélèvements et déjections sans limites sur l'environnement naturel. Nous défendons la thèse que c'est par l'activisme généralisé engendré par ce phénomène qu'il faut rendre compte de la crise écologique mondiale qui commence.

Dès lors la seule véritable issue ne peut consister qu'en une conversion de l'activité. Il faut retrouver le sens de l'œuvre, c'est-à-dire d'un mode d'activité qui vaille essentiellement pour ce que son produit apporte durablement à la vie collective.

Mais l'œuvre a déjà été politiquement valorisée contre les méfaits du libéralisme, quoique de manière indirecte, par les mouvements fascistes. En effet dans la notion italienne de fascio, comme dans celle, espagnole, de phalange, il y avait l'idée d'une organisation corporative de la vie sociale selon le type d'œuvre produite.

Seulement cette organisation était considérée comme devant prendre place dans une conception de la vie sociale hiérarchisée et intangible. Elle nourrissait un nationalisme, c'est-à-dire qu'elle amenait les individus, non seulement à rester à leur place assignée, mais à défendre l'ensemble "organique" ainsi conçu – la nation – contre tout ce qui pouvait le menacer.

C'est pour cela qu'il est important de rappeler ici le critère d'universalité. Réfléchir politiquement, comme le rappelait Aristote, c'est d'abord "réfléchir sur le Bien et le Juste" (Politiques), autrement dit sur les valeurs finales en fonction desquelles on veut vivre ensemble.

Le critère d'universalité implique que les valeurs choisies en fonction desquelles on veut vivre ensemble doivent valoir universellement, c'est-à-dire que n'importe quel être humain doit pouvoir les faire siennes.

Ce n'est pas le cas des valeurs fascistes puisqu'elles impliquent que tout étranger à ce système corporatif est une menace qu'il faut éliminer.

C'est bien le cas de l'œuvre, comme valeur qu'il faut promouvoir pour remplacer la valeur d'échange couplée au travail-consommation. Tout être humain peut faire œuvre. Mieux, tout être humain a vocation à s'épanouir en faisant œuvre, en toute liberté.

C'est d'ailleurs pour cela que l'œuvre est inséparable de l'action. Cet autre mode d'activité est défini par Arendt comme celui par lequel les hommes organisent leur liberté par des règles communes afin que la vie sociale bénéficie au mieux des œuvres de chacun.

 Il faut rappeler ici que travail, œuvre, action, du point de vue d'Arendt, parce qu'ils concernent le sens de l'activité, ne sont pas exclusifs les uns des autres. Une activité peut avoir plusieurs sens. Par exemple, en écrivant cet article, je suis dans l'action (je prends position sur les valeurs de la société) ;  mais je fais aussi une œuvre (cet article veut être un petit apport à la culture commune) ; et si j'étais rémunéré pour sa production (ce n'est pas le cas), ce serait aussi du travail.

samedi, avril 16, 2011

Sur la possibilité de normer le rapport de l'homme à la nature

Traditionnellement la nature – l'ordre manifesté par la vitalité de son environnement – était vécue par l'homme comme transcendance.
L'homme délimitait, au moyen de croyances, un domaine sacré qu'il excluait de son appropriation utilitaire.
La philosophie antique des Grecs s'est efforcée de rationaliser cette limitation en décrivant l'ordre de la nature auquel l'homme doit se conformer.
D'où le précepte stoïcien de "vivre en conformité avec la nature".
Il reste que l'ubris – l'excès dans le comportement humain – était toujours la pire faute, car, transgressant l'ordre, elle appelait les catastrophes.
Il convient aujourd'hui de convoquer de nouveau cette notion d'ubris à propos des agissements de l'homme vis-à-vis de son environnement naturel. C'est ce qu'exprime la notion d'activisme.
Mais l'excès n'est plus alors déterminé a priori, comme naguère, il est déterminé a posteriori, au vu des dommages causés, et des évolutions scientifiquement prévisibles déduites expérimentalement. Ce sont les comportements qui modifient les paramètres favorables aux flux d'échanges qui constituent la vitalité de la biosphère.
Faut-il en tirer des normes ? Cela est délicat car ce n'est pas tant la nature de l'activité qui est dommageable que son caractère généralisé. Et ce caractère généralisé est lié à la manière dont est organisée la vie sociale – le libéralisme marchand – et aux valeurs qui la sous-tendent, tout particulièrement la primauté de la valeur d'échange.
Si bien que je préconise de ne pas s'arrêter sur ce problème de normes écologiques, qui n'est pas le plus fondamental, pour investir le problème des valeurs selon lesquelles il convient de vivre ensemble.
J'ai essayé de montrer dans "Pourquoi l'homme épuise-t-il sa planète ?" qu'elles devaient sortir de la détermination de notre passif hérité du passé – ne plus être d'origine passionnelle – pour devenir pleinement humaines ; et qu'elles nous feraient alors spontanément sortir de l'activisme.
Il n'y aurait alors plus de problème écologique (étant supposé que la nature ait rétabli ses équilibres) car il est certain que la nature a une vitalité suffisante pour intégrer les entreprises de connaissances et plus généralement d'œuvres de l'espèce humaine.
Je précise qu'il me paraît dépourvu de sens de parler de violence à l'encontre de la nature, celle-ci ne pouvant être considérée comme une personne (ni comme un objet d'ailleurs). Celle-ci est un être à part, analogiquement d'ailleurs au ciel qui est un être à part parmi les réalités sensibles.
Il ne reste donc que la nécessité d'une règle qui préviennent des comportements excessifs, ainsi jugés du point de vue de leurs effets (a posteriori). Cette règle se trouve chez H. Jonas :
« Agis de telle sorte que les conséquences de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur la Terre. »
L'expression "authentiquement humaine" étant entendue au sens d'une vie qui puisse consacrer l'essentiel de son énergie aux activités proprement humaines, c'est-à-dire à l'action et à l'œuvre, au sens que donne à ces mots Hannah Arendt dans La condition de l'homme moderne.

mardi, février 22, 2011

Impasse de l'écoféminisme ?

 L'écoféminisme c'est la thèse que le combat contre la domination tyrannisante de la nature et le combat contre la domination des femmes sont un même combat, car il s'agit dans les deux cas d'une même domination qui est qualifiée de masculine.
Le sexisme, c'est d'attribuer une valeur négative à un être humain, a priori, du fait de son sexe.
On connaît trop bien le si répandu et lourd sexisme contre les femmes.
Il faut être également lucide sur le sexisme contre les hommes.
Attribuer aux hommes la responsabilité des dommages à la planète, et plus globalement de la violence dans l'histoire, relève de ce dernier sexisme. Si bien que l'écoféminisme exprime assez régulièrement des jugements sexistes.
Tout le problème réside dans la facilité à faire l'amalgame entre la distinction de valeurs masculines/féminines, et le sexe des individus.
Il est vrai que l'adjectif "féminisé" pour les valeurs de solidarité, d'écoute, de réciprocité, de désintéressement, etc., est justifié par l'importance de leur expression dans le rôle maternel. Mais il faut remarquer que cela concerne aussi les valeurs paternelles, tant il est vrai que toute éducation, et de manière privilégiée celle concernant la prime enfance, relève du don.
Et que l'enfant ait besoin, pour grandir, de ces deux sources, cela est vrai. Mais c'est là qu'il faut récuser un dualisme de valeurs opposées.
Les valeurs de repli sur l'espace privé, comme celle de prise de risque dans le monde extérieur sont toutes nécessaires à la vie humaine, et d'ailleurs elles ne sont pas l'apanage de l'un ou l'autre sexe. Simplement, la femme-mère est d'abord en position de privilégier l'aménagement de l'espace privé sécurisé.
Ce qui importe ici c'est la nécessité du don qui concerne aussi bien l'homme que la femme.
Je propose de renoncer à ces déterminations sexualisantes - valeurs féminines/masculines - comme invitant trop aisément les esprits paresseux aux amalgames sexistes.
Car ce sont des valeurs présentes virtuellement chez tous, et plus ou moins favorisées par chacun.
Mais justement la manière ou non de les favoriser est déterminante pour le cours de l'histoire.
Et si l'on condamne le guerrier, pourquoi valoriser l'amazone ?
Et si l'on valorise le désintéressement, pourquoi dévaloriser le rôle de mère ?
L'important, c'est que soit reconnu le rôle du don dans le rapport de l'individu humain à son environnement et à ses congénères.
Nous vivons humainement par ce que l'environnement naturel nous donne, et par ce que nos parents et d'autres adultes nous ont donné.
Le véritable problème est alors l'impérialisme de la valeur d'échange qui élide le don.

lundi, février 21, 2011

Non aux ressources humaines !

Je les entends, les activistes du libéralisme : les "ressources humaines", c'est l'approche enfin rationalisée de la gestion des compétences de chacun.
Ah, ce rêve d'une société de gens qu'on déplace, insère, ou évacue, en fonction des besoins, qu'on intègre de façon transparente dans les courbes et les diagrammes produits par les tableurs de nos ordinateurs !
Fantasme de marchand passionné que celui d'un humain sans au-delà de sa valeur d'échange quantifiable. Fantasme de celui qui a oublié qu'il est né et qu'il a été lancé dans la vie grâce au don, parce que sa vie n'avait d'abord aucune valeur d'échange.
Légèreté de celui qui n'anticipe pas qu'à un moment ou à un autre il faudra bien qu'il attende le don d'autrui, alors que sa vie n'aura plus aucune valeur d'échange.
Grand pitié me font ces individus qui ont acquis un peu de pouvoir dans un champ social particulier et s'appliquent à détruire tout ce qui déborde la pure valeur d'échange quantifiable de l'activité des individus dont ils gèrent le travail. C'est eux-mêmes que le plus sûrement ils appauvrissent.
Qu'ils sachent que même dans l'échange marchand, il est nécessaire qu'il y ait du don.
La bonne transaction est celle en laquelle l'estime mutuelle, la confiance réciproque dans le contrat (que l'on n'a pas besoin de décliner à l'infini en écrit juridique anticipant toutes les défiances), président à la fixation du prix et à l'échange.
Qu'en une entreprise, où les "ressources humaines" ont trop bien réussi à supprimer la part de don dans les interactions entre individus, on se jette par les fenêtres pour sortir du cauchemar, cela est parfaitement prévisible.
C'est ce que je propose d'appeler la "francetélécomisation" d'une entreprise (ou de tout groupe social de travail).
La vie est humaine, c'est-à-dire essentiellement sociale, par le don
C'est par l'échange de dons que, fondamentalement, se construit et s'entretient une société.

Les ressources humaines, plus jamais ! Mais les relations humaines, toujours !

lundi, janvier 10, 2011

Intolérable intolérance ?

C'est une déclaration du shérif de Tucson, Arizona, suite à la fusillade dans laquelle une parlementaire démocrate, Gabrielle Giffords, a été grièvement blessée et qui a fait six morts samedi.
Ce qui est en cause est le climat d'intolérance, paraît-il particulièrement aigu dans cet État, entretenu par certaines forces très conservatrices.
Voilà ce qu'il dit, entendu dans le reportage du journal vespéral d'ARTE, hier soir  :
"Dans ce pays, l'intolérance a atteint un niveau intolérable !"
Aie ! Comment s'en sortir ?

Peut-être l'antidote est-elle ici :

samedi, janvier 08, 2011

Un devoir de s'indigner est-il possible ?

La réponse est non.
L'indignation est un sentiment. On n'est jamais responsable de ses sentiments. Le comble de l'impuissance ? La demande "Aime-moi !" Le sentiment, c'est le donné, comme la sensation. Le sentiment, c'est la part intérieure du donné ; comme la sensation en est la part extérieure. Il faut faire avec. Et là, on est libre !
On n'est jamais responsable de ses sentiments, donc ; mais on est toujours responsable de ce qu'on en fait.


Le succès de l'ouvrage de Stéphane Hessel – "Indignez-vous !" – est étonnant , parce qu'il se présente comme une injonction impossible : on ne peut décider de s'indigner. On ne peut s'indigner par choix.

Et, effectivement, le contenu du fascicule tient bien la promesse du titre. L'indignation est présentée comme "une des composantes essentielles qui fait l'humain" (p. 14).De cette position comme valeur humaine essentielle, l'auteur en déduit un devoir de s'indigner : la violation des droits "doit provoquer notre indignation" (p.20).
Or, peuvent être très dommageables ces indignations sur commande, car nécessairement elles impliquent des intentions non dites, lesquelles, forcément amèneront à des comportements qui n'auront rien à voir avec ceux impliqués par une réelle indignation. Imaginez que pour répondre à la demande "Aime-moi !" vous simuliez l'amour. Où iriez-vous sinon dans la direction d'une manipulation de l'autre ? À cent mille lieues du véritable amour !

Alors, dangereux, le fascicule de Stéphane Hessel si unanimement salué ? Ce serait un bien surprenant paradoxe !
La seule possibilité de sauver l'ouvrage serait de reconnaître l'existence d'un véritable sentiment d'indignation partagé.
Nous affirmons que c'est bien le cas. Mais alors pourquoi, y a-t-il, de fait, si peu d'indignation exprimée ? Pour deux raisons :
  • parce que toute l'organisation communicationnelle du pouvoir marchand en direction du peuple tend à l'en divertir – voir mon très ancien, mais bien confirmé, article sur le dérivertissement ;
  • parce que les opinions d'origine idéologique qui font valoir l'individualisme, les situations de bien-être, l'impuissance sinon l'infaisabilité de la révolte, amènent à la refouler.
 Nous sommes des indignés refoulés et divertis. D'où nous vient cette indignation ? De l'injustice. L'injustice vécue ou dont on est le témoin engendre nécessairement un sentiment d'indignation. L'"in-dignation", étymologiquement, et fondamentalement, c'est l'impossibilité d'accepter que soit bafouée la dignité humaine. Et l'on sait, depuis Kant, que personne de raisonnable n'est sauf de ce sentiment. Laissons, à ce propos, la parole à Proudhon (De la justice dans la révolution et dans l’Église, 1858) :
"L'homme, en vertu de la raison dont il est doué, a la faculté de sentir sa dignité dans la personne de son semblable comme dans sa propre personne, de s'affirmer tout à la fois comme individu et comme espèce.
La JUSTICE est le produit de cette faculté."
Ainsi Hessel se trompe dans sa manière de poser le problème du déficit d'esprit de résistance. Ce n'est pas par insuffisance d'indignation. En fait l'indignation est bien là, omniprésente, débordant même les divertissements et refoulements, à la mesure de l'omniprésence des situations d'injustice, à tel point qu'elle doit être incessamment calfeutrée par les antidépresseurs.
Ce qui fait problème, c'est ce qu'on en fait, ou plutôt ce qu'on refuse d'en faire : de la crier, de la partager, de la métamorphoser collectivement en projet social –comme les Résistants en 1944 !
Il faut interpréter le succès de l'ouvrage de Hessel parce qu'il touche juste si l'on comprend "Indignez-vous !"comme "Cessez de taire votre indignation !"
Et, au vrai, Hessel nous invite à faire spontanément ce glissement interprétatif, parce que son fascicule est un authentique cri d'indignation.
La raison du succès de "Indignez-vous !"de Stéphane Hessel ? Enfin il donne voix à un refoulé trop lourd à porter.

mardi, décembre 21, 2010

D'un procédé rhétorique de discours polyvalent

Il s'agit de l'interview - ce matin - de J-M Le Guen sur France-inter, député socialiste de Paris, à propos du scandale du Mediator.
Le Mediator est un médicament qui vient d'être interdit après plusieurs années d'une belle carrière de prescriptions médicales, et peut-être plus d'un millier de morts subséquents.
Il y a donc eu dysfonctionnements dans les institutions d'État en charge de la protection sanitaire.
Ce dont notre député socialiste a tout à fait conscience.
 Il proclame qu'il faudra prendre des mesures qu'il qualifie à plusieurs reprises - la formule a donc été soupesée - d'"assez radicales".
C'est un oxymore : par nature le radicalisme ne supporte pas les déterminations relativisantes.
Donc les mesures assez radicales n'existeront pas.
Par contre l'oreille des auditeurs pourra y trouver son compte.
Le peuple - tous ces gens qui croyaient pouvoir faire confiance dans le service public de santé -  trouveront dans l'adjectif "radical" une réponse à leur espoir que le ménage sera fait, que les coupables de conflits d'intérêt seront mis hors d'état de nuire, que justice sera faite, bref, que le problème institutionnel que met à jour ce drame sera pris à bras-le-corps et résolu.
Mais tout autant, les dirigeants de laboratoires pharmaceutiques, mais aussi tous les professionnels de santé qui profitent peu ou prou des bénéfices engrangés par leurs lucratives activités, sont rassurés par le déterminant "assez" de la formule "assez radicales". Cela se passera entre gens de bonne compagnie ; ces mesures pourront se discuter ; et comme du côté des laboratoires on a de bons moyens pour être convaincant ...
Comme quoi une formule vide de sens peut devenir pleine de valeur communicationnelle.
Il suffit qu'elle donne en pâture les mots désirés.
Or aujourd'hui, face à la multiplication des problèmes sociaux engendrés par la gestion sarkozyste, on désire du côté du pouvoir alternatif potentiel - du PS - les mots qui apportent les solutions.
Hé bien, ce matin, avec J-M Le Guen, chacun les a trouvés, le peuple comme les professionnels de la médication.
Et devinez qui va se retrouver trompé ?

lundi, novembre 22, 2010

Le paradoxe du chef d'État

Comme le remarquait Hume, si les événements historiques se succèdent, toujours inédits, sous-jacentes demeurent les mêmes passions humaines constamment agissantes.
Et les passions historiquement les plus tenaces et conséquentes sont les passions de rivalité.
Kant les résumait à trois passions :
  • la cupidité : avoir le plus de biens pour soi,
  • la domination : déterminer le plus possible le comportement d'autrui,
  • la gloire : être valorisé plus qu'autrui.
Celui qui atteint le poste de chef d'État, quel que soit le mode de sa désignation, est toujours un virtuose dans la satisfaction des passions de rivalité.

Or les passions de rivalité sont des passions asociales. Elles précipitent les individus les uns contre les autres et n'en finissent jamais de surenchérir dans l'affrontement.

Il faut le dire ! La principale cause de malheurs dans l'histoire, ce ne sont pas les catastrophes naturelles, ce sont les dommages que les hommes se font mutuellement (en particulier lors des guerres). Et ce qui œuvre presque toujours lors de ces dommages, ce sont les passions de rivalité.

Si bien qu'il faut prendre au sérieux Hobbes lorsqu'il affirmait que l'essence de l'État, c'est d'être le pouvoir commun à un groupe social qui lui permet de surmonter la violence immanente aux rapports de rivalité entre les hommes.
Il s'ensuit que le chef d'État symbolise nécessairement cet état de fait retrouvé du dépassement de l'expression de la rivalité qui a fait sortir les hommes de l'état de "guerre de tous contre tous" (Hobbes).

Le chef d'État ne peut habiter son statut très particulier et éminent, ne peut être respecté comme tel, qu'en tant qu'il incarne le dépassement des passions de rivalité.
Or le chef d'État n'a pu parvenir à ce poste que parce qu'il a été vainqueur dans les jeux de rivalité.

Tel est le paradoxe du chef d'État : il doit être détaché de ce dont il est le champion.

 Il semble qu'il n'y ait qu'un moyen de sortir de ce paradoxe. Le futur chef d'État doit avoir peu ou prou "une pensée de derrière la tête"(Pascal). Il ne joue le jeu de la rivalité que parce qu'il a un projet pour en sortir. Un projet politique, ce n'est rien d'autre que réorienter les désirs de chacun vers un but commun qui dépasse les rivalités.
Il y a une nuance : un projet "libéral" est un projet qui intègre effectivement l'énergie de la passion de cupidité, mais qui la maintient dans le cadre d'un droit qui évite qu'elle débouche sur la violence.

Un chef d'État qui échoue est un chef d'État qui n'incarne pas ce dépassement de la rivalité dangereuse.  Il met en danger la paix sociale. Il devient un problème vital pour la société.
Le chef d'État qui dit publiquement "Casse-toi pauvre con !", "Descend si t'es un homme !","J'ai un super job, une superbe femme, alors évidemment les Français me le font payer !", montre qu'il n'a pas le recul attendu par rapport aux passions de rivalité. Au sens littéral, il se révèle "vulgaire" (du latin vulgus qui signifie foule au sens d'entité sociale emportée par ses passions). Il déchoit de son statut. Et ses administrés se rendent compte que ce n'est pas la bonne personne à la bonne place.
Ils s'en rendent d'autant mieux compte qu'ils subissent alors inévitablement les dérives induites.

Car le chef d'État a d'emblée le rôle de modèle dans la prise en charge de l'intérêt public pour tous les fonctionnaires d'autorité.
Si le chef d'État faillit à se maintenir au-dessus des rivalités, ces fonctionnaires pourront se trouver légitimés à utiliser les moyens que leur confère leur statut pour se "lâcher" dans leurs propres passions de rivalité.
C'est dans un tel État qu'on a toutes chances de voir se multiplier des situations de violences collectives, en particuliers dans la relation aux forces de l'ordre.

Dans la mesure où l'on a quelque pouvoir sur la désignation d'un chef d'État, il ne faut jamais oublier que la chose la plus importante qu'il faut en attendre est le dépassement des passions de rivalité.

vendredi, novembre 19, 2010

Sur l'annonce de l'enseignement de la philosophie en Seconde

L'enseignement de la philosophie en Seconde, c'est d'abord un acte de communication d'un gouvernement qui a besoin de faire accroire sa nouveauté et d'un ministre qui espère ainsi positiver son image et celle de sa réforme.
À regarder de près, cela se réduit à pas grand chose : seulement la possibilité d'enseigner la philosophie dans le cadre des horaires fourre-tout-et-n'importe-quoi – "enseignements personnalisés", "enseignements d'exploration", ECJS – que l'on multiplie depuis quelques temps, au détriment des enseignements disciplinaires. Donc pas d'horaire dédié, pas de budget, pas de recrutement, pas de programme.
Mais au-delà de ces petites stratégies d'autopromotion à l'économie, regardons-en le principe.

Indépendamment des problèmes de conceptualisation et de lecture des textes de la tradition, philosopher c'est au moins avoir la capacité de prendre du recul par rapport à ses passions pour les penser et les mettre en perspectives en fonction de valeurs finales réfléchies.
Or l'expérience nous apprend que, même en Terminale, un certain nombre d'élèves sont incapables d'entrer dans cette prise de recul, tout simplement parce que ça n'est pas leur problème.Et ça ne peut pas l'être parce qu'ils ont des problèmes autrement plus urgents à résoudre, problèmes que l'on peut globalement ranger sous la catégorie des problèmes d'identité.

C'est assez normal. Chaque individu a son propre cheminement de maturation. Mais ce qui est certain, c'est que cette maturation passe par une phase d'appropriation de son identité contre le statut de l'enfant-à-ses-parents, et par la quête de reconnaissance par ses pairs et plus largement par la société extérieure à la famille.
C'est ce qu'on appelle l'adolescence.
Elle a sa phase critique lorsque l'essentiel du désir de l'individu est capté par cette quête. C'est la crise d'adolescence. Or, pour philosopher, je veux dire, pour que ça ne soit pas un exercice seulement contraint, il faut être passablement dégagé de ces passions de l'adolescence.

Il faut cesser de se considérer sans arrêt dans le miroir, pour considérer de manière objective le sens de sa vie et les valeurs en fonction desquelles on doit vivre !

Il est certain que, généralement, on n'est pas encore sorti de cette phase égocentrée à 15-16 ans, en Seconde.
Il est tout à fait possible que le lycéen concerné soit enthousiasmé par ce projet. Mais il est fort possible que ce soit pour de mauvaises raisons : le gain pour son identité de s'afficher comme participant à cet enseignement pour plus grands. Cet enthousiasme risque vite alors de retomber devant les exigences de la réflexion conceptuelle.

Ce dont a d'abord besoin le lycéen de Seconde, c'est d'une présence suffisante d'adultes pour l'aider à se positionner et s'affirmer par rapport à la pression des valeurs proposées par la société. Ces adultes l'aideront à la fois par leur exemplarité, et comme interlocuteurs pour leurs interrogations.

En tant que prof de philo, ce que je demande au gouvernement, ce n'est pas l'introduction de la philosophie en Seconde :
  •  c'est l'arrêt de la réduction du nombre d'adultes relativement au nombre de lycéens dans les établissements. Il faut moins d'élèves par classe, plus de surveillants, pour que la relation éducative dont l'adolescent a besoin soit possible.
  • c'est l'abandon de cette "réforme" déstructurante qui multiplie les sollicitations du professeur pour des taches qui l'éloignent de la relation à l'élève. Quel mépris de penser faire croire qu'on institue des heures d'"enseignement personnalisé" alors qu'on réduit jusqu'au point de rupture le nombre de professeurs, documentalistes, surveillant(e)s assistant(e)s sociaux(ales), infirmières !
Mais cela coûte, alors que l'introduction de la philosophie en Seconde proposée ne coûte rien.

L'État doit décider si le surplus de richesses créé par la croissance économique continue depuis plusieurs décennies – c'est-à-dire d'abord par le travail populaire – peut être aussi investi dans l'éducation.

La philosophie devrait plutôt être introduite en Ministère : "faire des économies" peut-il valoir comme valeur finale pour l'Éducation ?

jeudi, novembre 18, 2010

Contre l'idéologie de la nostalgie

Écoutons nos contemporains qui s'épanchent lorsqu'ils peuvent abandonner leur implicite "devoir de réserve" lié à leur rôle social : ils sont profondément nostalgiques d'un enchantement du monde qui aurait été détruit par la mainmise technique sur la planète.

Être écologiste, cela devrait, justement, ne plus être nostalgique parce qu'on fait du monde réenchanté un projet d'avenir.
Je veux dire qu'il faut comprendre la nostalgie comme une maladie de l'âme commune, de caractère pandémique, de l'homme contemporain.

C'est le mal de la planète perdue !

C'est une maladie dont l'étiologie est fortement idéologique : on est nostalgique dans la mesure où l'incessante rengaine des innombrables messages de la mercatocratie assurant son pouvoir, nous a persuadé que le train du progrès technique était sur les rails à bonne vitesse et à grande inertie, de telle sorte que les paysages d'antan ne pourraient plus se revoir.

L'écologiste serait celui qui ferait du contact avec l'enchantement du ciel piqueté d'étoiles, avec l'enchantement d'un paysage de nuit estivale piqueté de lucioles, un projet d'avenir.
Être écologiste serait donc être guéri de la nostalgie. Ce ne serait donc plus faire ses choix politiques par réaction nostalgique.
Ce ne serait plus simplement récuser les dilapidations d'énergie, le réchauffement climatique, dus à l'éclairage électrique nocturne généralisé.
Ce serait faire le projet d'un aménagement de la vie sociale en lequel seraient possibles pour quiconque ces moments de plaisir, que dis-je, de joie, que peut permettre le dynamisme propre de notre planète (la "nature") dans les situations de relation "magique" qu'elle nous offre.

Écologie, c'est, étymologiquement, le savoir raisonné de notre habitat, et d'abord de notre habitat absolu qu'est notre planète. Or ce savoir, c'est celui de situations d'enchantement, mais aussi de cruauté (foudre, tremblements de terre, etc.)

La politique écologiste doit contribuer à l'organisation d'une vie sociale qui favorise les relations d'enchantement, et préserve le mieux possible des rapports de cruauté.

La politique écologiste vise simplement à favoriser plus de joie de vivre.

Les tours meurent aussi !

Feu vert pour les grandes tours dans Paris

Ce titre d'un article du Monde mérite que l'on prenne un peu de recul sur une manière contemporaine de faire des choix qui engagent l'avenir à long terme.

Il est probable qu'une tour est assez aisée à construire, et pas uniquement parce que les techniques sont tout à fait maîtrisées. Parlez-en avec votre psychanalyste ! Il peut y avoir un caractère jubilatoire de se sentir responsable de cette érection qui s'impose désormais dans les champs de vision.

Il est aussi certain que les tours sont très, très délicates à détruire.
Mais quel projet d'érection prend-il en compte, ou même seulement évoque-t-il, les modalités de la destruction ?
Une implosion d'une tour de 180 mètres de haut, ça donne quoi ?
On a une petite idée... des nuages de poussières et des tonnes de gravats, non ? Grâce à Al Qaïda !

On pense implicitement : ça ne nous concerne pas, ce sera pas notre problème, c'est trop lointain.
Mais il n'y aura pas toujours des "Al Qaïda" pour faire le travail !
D'ailleurs, ce n'est pas du tout souhaitable !

lundi, novembre 15, 2010

Le monde contemporain en toute simplicité

Il y a ceux qui vendent pour pouvoir s'admirer,
il y a ceux qui se vendent pour pouvoir manger.

Il y a ceux qui se martyrisent à essayer de ne pas manger,
il y a ceux qui sont martyrisés à ne pas pouvoir manger.

Il y a ceux qui sont sous régime hypocalorique,
il y a ceux qui sont sous régime totalitaire.

dimanche, novembre 14, 2010

La maladie, l'amour et la brouette

CITE_SOLEIL__LABANMATTEI 08.jpg © Olivier Laban-Mattei


Douce était la caresse du vent chaud du Sud, ce matin, et riche en couleurs était le paysage où le jaune de feu du feuillage automnal trouvait un juste contrepoint dans les coups de pinceau de graphite et de blanc d'un ciel se préparant à la pluie.
Mon corps est là disponible et réactif, et si je suis confronté quelquefois à ses limites, je puis faire beaucoup plus, en ce qui est bien, que je ne le fais.
Oui, le monde me traverse, encore beau, toujours beau, malgré tout, et moi je peux... Je suis "une puissance d'agir" comme disait Spinoza.
Il m'arrive que les larmes me montent aux yeux de la bienveillance à mon égard de ce qui ne dépend pas de moi (ce qu'on nomme parfois le destin).
Et je pense là à mes pauvres grands-parents et parents qui ont été laminés par les guerres dont je voyais encore les dévastations dans leurs rides, et au fond de leur regard.
Et je vois ce matin, à le une du Monde, cette photo tout juste envoyée d'Haïti : un garçon, et sa sœur, transportant dans une brouette leur mère, atteinte du choléra, jusqu'à l'hôpital.
Et j'ai le cœur gros ...

Transporter sa mère dans un brouette par amour. L'avoir emprunté à un voisin peut-être, en devenant son obligé, pour qu'elle soit assez solide ; y placer tous les coussins et couvertures de la maisonnée, pour que l'on ne sente pas trop les soubresauts dus aux voies détériorées du bidonville. Et c'est peut-être un long chemin car il faut aller assez loin vers le centre de Port-au-Prince, il n'y a pas d'hôpital près du bidonville. Et on ne sait pas comment on sera reçu, s'il faudra que la mère passe beaucoup d'heures dans la brouette.
Mais l'on sait où l'on va – vers l'amour, vers la vie – quand on a la mort aux basques !

Mais n'a-t-on pas tous la mort aux basques ?
Ces haïtiens sont beaux parce qu'ils sont sages. Ils savent cette vérité dont je me divertis si facilement !
Ils font de pas mal de nos problèmes, de pauvres problèmes.
Madame Liliane Bettencourt, ne restez pas pauvre ! Enrichissez-vous ! Suspendez un agrandissement de cette photo dans votre salon !

Ils lancent leur flèche d'amour sans un regard pour le photographe qui est l'œil d'un monde où l'on ne semble pas aimer.
Oh ! sans doute ne s'arrêtent-ils même plus sur la possibilité de notre aide; ils savent qu'il s'agit d'un monde lointain et étranger, dont ils n'ont jamais demandé qu'il vienne les voir, leur promettre, et les photographier.

Mais peut-être leur est-il important de savoir que dans ce monde-là peuvent exister des gens qui savent aimer leurs équivalents de locomoteurs à brouette.
Mettre sa mère, malade, dans une brouette, et traverser la ville pour qu'elle continue à vivre, c'est aimer sa mère. N'est-ce pas tout autant aimer l'humanité ?
Ce sont eux qui nous aident en nous montrant que l'humanité est  a i m a b l e  par delà toutes nos ratiocinations chagrines.
Alors, merci photographe !

lundi, octobre 25, 2010

Vite, la séquence images !

Comment se sortir de la crise des retraites ?
Hé bien par les images, voyons !
Ah ces bonnes vieilles images surchargées d'affects qui permettent si bien de manipuler le peuple. Des images humaines : ce sont les meilleures pour cet usage. Un nouveau premier ministre, des nouveaux ministres, choisis pour la prégnance de leur image dans la conscience collective. Et puis, déjà, les candidats à la candidature, en attendant les candidats à l'élection présidentielle.
Des images de rivalité. Oh que c'est bon ça !
Le problème de notre chère (en coût social et humain) ploutocratie, c'est qu'elle ne peut pas tout mettre en images. Et ce qu'elle ne peut mettre en images, elle ne le maîtrise plus, ne pouvant court-circuiter la pensée collective par des urgences d'affects.
Quelle impuissance en 2005 d'une campagne médiatique omniprésente pour une nouvelle constitution européenne ! Mais comment trouver une image qui polarise les investissements lorsqu'il s'agit d'un texte technique ? Idem pour la  réforme des retraites.
Leçon définitive : ne plus battre les estrades pour les choix qui ne permettent pas les investissements sur image, les faire passer à la sauvette.
Les citoyens ont intérêt à bien surveiller les mois de juillet-août : oui, oui, j'appelle à la création d'un "Collectif d'Alerte Citoyenne Estivale" (slogan : "Le CACE contre la casse !" ; peut-être que s'il avait existé en 1993 aurions-nous encore nos 37,5 annuités).
Et pour cette même raison, ce n'est pas demain la veille du prochain référendum en France !

NB Le véritable problème actuel de la ploutocratie est peut-être que l'image "Sarkozy" est devenue assez inutilisable, alors que l'ego du Président empêche la promotion d'autres images.

Autre NB N'oublions pas que :
s'il y a des images qui court-circuitent la réflexion en captant le désir,
il y a aussi des images qui stimulent la réflexion en interrogeant les êtres.

vendredi, octobre 22, 2010

Légitimité de l'antisarkozysme

Il était patent dès 2005 que Sarkozy avait des comportements qui blessaient, stigmatisaient, et nouaient, précipitaient des problèmes sociaux : "racaille", "descend si t'es un homme", "casse-toi  ...", "aujourd'hui, quand il y a une grève ...", et j'en passe.
Un homme politique, surtout s'il a des responsabilités publiques nationales, prend nécessairement une valeur exemplaire : ses comportements engagent d'innombrables autres comportements vers une certaine tonalité.
Le caractère irrespectueux des comportements du Ministre de l'Intérieur ou/et du Président de la République, engendre une kyrielle de comportements irrespectueux. En particulier de la part de fonctionnaires qui se considèrent comme leurs représentants directs, tels les fonctionnaires du maintien de l'ordre. Il ne faut pas chercher ailleurs la raison essentielle de l'embrasement des banlieues en 2005, et de la persistance d'incidents violents émanant des "quartiers", depuis.
Depuis près de 8 ans, on se trouve en face d'un homme public qui se place constamment dans le registre de la rivalité, parce qu'il a besoin de faire signe de sa supériorité en ce registre en mettant en scène sa force, son pouvoir, sa richesse, etc., au détriment de l'intérêt public.
Un responsable politique digne de ce nom, c'est-à-dire ayant le sens de l'intérêt public, doit s'imposer un comportement qui désamorce les rivalités et apaise les tensions sociales.
Il y a beaucoup de gens qui souffrent du caractère injuste des décisions de l'actuel Président de la République ; mais tout autant, ces gens souffrent de l'irrespect dans lequel ils se sentent tenus.
On n'est pas méprisable parce qu'on n'affiche pas des signes de réussite sur le terrain de la rivalité !
C'est pour cela que ce mouvement des retraites à une forte racine antisarkozyste qui le rend, pour le pouvoir, si difficile à maîtriser.
Il reste le problème : par quelle fragilité intrinsèque, notre démocratie a-t-elle pu faire surgir un tel "premier personnage de l'État." ?

lundi, octobre 18, 2010

Raccourci d'actualité chaude

Il s'agit d'un homme qui a mis le feu aux banlieues en 2005 en tant que Ministre de l'Intérieur.
Le même homme a trouvé ensuite un nombre suffisant de Français inconséquents pour être élu Président de la République.
Et cet homme, aujourd'hui, est en train de mettre le feu à l'ensemble de la société.

jeudi, octobre 14, 2010

La logique de la fourmilière

Réforme des retraites : elle tente d'avancer dans la concrétisation de ce rêve d'une société de fourmis en laquelle chacun voue son énergie à activer les flux de marchandises, et puis meurt.

C'est un rêve d'individus qui ont leurs poches bien placées pour se remplir au passage de ces flux.

Mais en fait, ce rêve, il était déjà présent dans le slogan "travailler plus pour gagner plus" !
Mais il était plus masqué car on mettait en valeur l'autre versant du rôle de la fourmi au service du flux effréné des marchandises : la consommation. Car le dynamisme des flux implique aussi qu'elle consomme.

Ah si les retraités ne s'occupaient que faire des voyages touristiques organisés !
Mais ils prétendent aussi utiliser leur énergie – qui du coup ne semble pas avoir assez été exploitée dans le travail – pour la vie associative, la politique, le bricolage... et tout ça c'est clairement du lèse-fourmilière !

mardi, octobre 12, 2010

Retraites : le téléscopage des temporalités

Quoiqu'on dise, le système des retraites français est un contrat à long terme.
On cotise dès son premier emploi, et en retour on a l'assurance, dans plusieurs décennies, de revenus dans la dernière partie de sa vie selon certaines règles.
C'est pour cela qu'il est extrêmement délicat de toucher aux règles pour ceux qui ont déjà commencé à cotiser.
En strict droit contractuel, ils devraient explicitement donner leur accord pour la modification des règles.
De ce point de vue la proposition du référendum est l'idée qui serait la plus intelligente pour sortir de la crise de cet automne 2010.
 La question posée devrait alors telle celle-ci :
"Acceptez-vous l'ensemble des modifications inscrites dans le projet de loi xy concernant le contrat qui vous lie à l'État en tant que cotisant aux caisses de retraites ?"
Cela supposerait un texte de loi assez simple – quelques articles – et impliquerait, si acceptation, l'acceptation des dispositions techniques requises pour les mettre en œuvre.

Mais on n'aura pas cette solution, parce que nos gouvernants sont, quoiqu'ils disent, dans le court terme.

Par quel miracle les caisses de retraite pourraient-elles avoir des comptes équilibrés ? Sauf à changer constamment les règles, ce qui enlèverait tout sens au système, les rentrées (cotisations) ne peuvent jamais être ajustées aux sorties (pensions), du fait des aléas de l'histoire et de la démographie.
C'est là que se trouve le plus incongru dans la réforme aujourd'hui proposée : on va demander à un jeune qui s'engage sur le marché du travail de cotiser, tout en le laissant dans l'incertitude sur l'âge où il pourra faire valoir ses droits à la pension de retraite, ni lui donner d'assurance sur le montant de cette pension, puisque la réforme proposée n'est pas totalement financée et qu'en conséquence on annonce des révisions régulières des règles.
Le gouvernement veut en réalité faire porter sur les salariés et retraités à venir les aléas – à effets forcément négatifs sur les caisses de retraite – d'une économie marchande qui oriente toujours plus de flux de richesses vers quelques poches privées.

Il est certain qu'il y a eu une très longue période – les Trente Glorieuses – en laquelle le système était très bénéficiaire : générations décimées par les guerres, faible espérance de vie après 65 ans.
Où est passé l'argent de nos cotisations d'alors ? N'aurait-il pas du être géré dans la perspective du renversement des paramètres démographiques, largement prévisible ?
Et la question est posée non seulement à tous les gouvernants de ces dernières décennies, mais aussi aux trois grands syndicats de travailleurs, co-gestionnaires des caisses de retraite, de même qu'aux organisations patronales.

Tous ces responsables n'ont pas été à la hauteur de ce beau et ambitieux système de solidarité inter-générationnel instauré par nos pères au sortir de la Résistance. Et nous mêmes, quand nous pinaillons sur la définition de la pénibilité, ou autre durée de cotisation, tout en affirmant le bien fondé d'une réforme, ne sommes pas non plus à la hauteur de l'enjeu.

Car le système des retraites par répartition est un engagement des partenaires sociaux à long terme – sur plusieurs générations – et il ne peut en être autrement. Ses règles ne devraient pas être remises en cause par des aléas historiques telle une crise ponctuelle due à des spéculations financières – du moins pas sans consentement explicite des intéressés.

La question est : sommes-nous encore dans un rapport au monde en lequel l'horizon temporel soit suffisamment ample pour un tel système des retraites ?

Si oui, alors il faut nous donner tout de suite les responsables politiques qui soient à la hauteur de cet enjeu.

Si non, alors continuons, si nous voulons, à pinailler sur le contenu de la réforme. On reste dans le court terme. Le système marchand a déjà gagné : il a déjà préparé le terrain dans nos consciences pour que soit abandonné ce système de solidarité inter-générationnel, lequel, comme toutes les solidarités, gêne l'expansion du règne de la marchandise.

vendredi, octobre 08, 2010

Supplique pour les rebuts des micros-trottoir

Que deviennent les larges rebuts des micros-trottoir, toutes ces expressions qui, n'allant pas dans le sens des clichés attendus de l'opinion commune, sont écartés au montage ?

Quelle variété, quelle richesse, quelles pépites de points de vue humains sur le monde, quelles expériences inimaginables, quelles trajectoires de vie impensables, gisent dans le nulle part de secteurs oubliés de supports numérisés délaissés !

Ce qui intéresse le pouvoir médiatique, c'est l'attendu du seul point de vue qui vaille de ce côté-là, celui des intérêt dominants la vie sociale.
Ce qui est intéressant, c'est la connaissance de l'infinité diversité des points de vue qui ouvre le champ des possibles de chacun, et ainsi rend plus libre.

Qui pourra me dire où chercher, comment exhumer, des bribes de ces "zéro-valeur-marchande" qui ont tant de valeur ?
Peut-on envisager qu'un site dédié - une sorte de "balai sur images" - récupère ce qui est récupérable de ces expressions ?
Ce serait passionnant !

Appel à tous les monteurs de micros-trottoir : récupérez vos rebuts !... avant qu'il n'y en ait plus.